Rétrospective 2025

Le « nouvel ordre mondial » évoqué l’été dernier par les participants au sommet de l’Organisation de coopération de Shanghai est à l’œuvre. Les entreprises interagissent avec cet environnement incertain, instable, brutal. Dans ce contexte, les principes sur lesquels la responsabilité d’entreprise est censée se construire font face à des vents furieusement contraires. La résistance s’est organisée sans que l’on puisse encore parler de contre-offensive. L’année 2025 a fait ressortir plusieurs faits et lignes fortes dont on reparlera en 2026.

Les fondamentaux restent en berne

D’après le Global Report on Food Crises 2025 paru le 16 mai 2025, les niveaux élevés d’insécurité alimentaire aiguë touchent désormais près de 300 millions de personnes dans le monde. C’est la sixième année consécutive que le nombre de personnes confrontées à cette situation dramatique augmente. Dans son étude intitulée « Niveau de vie et pauvreté en 2023 » publiée le 7 juillet, l’Insee conclut que le taux de pauvreté et les inégalités s’accroissent fortement en France. Dans son rapport publié le 4 novembre, le Comité extraordinaire d’experts indépendants sur les inégalités mondiales du G20 fait ressortir que 83 % des pays montrent de fortes inégalités de revenus, et qu’ils représentent 90 % de la population mondiale. Entre 2000 et 2024, le 1 % de la population la plus riche a capté 41 % de la nouvelle richesse mondiale, contre seulement 1 % pour la moitié la plus pauvre.

Dans une nouvelle étude, la revue The Lancet estime qu’en 2021, il y avait 1 milliard d’hommes adultes et 1,11 milliard de femmes adultes qui étaient en situation de surpoids ou obèses. Entre 1990 et 2021, les taux de prévalence ont augmenté de 155,1 % chez les hommes et de 104,9 % chez les femmes. Au Nigeria, l’un des principaux pays touchés, les organisations patronales sont parvenues à arrêter un projet de loi visant à instaurer une taxe sur les boissons sucrées.

En Europe, selon une enquête récente de la cellule investigation de Radio France, la Commission européenne aurait, sous la pression d’associations patronales, abandonné le projet de rendre le Nutri-Score (un label qui vise à reconnaître facilement la valeur nutritionnelle d’un produit) obligatoire au sein des 27 pays membres de l’Union. En revanche, le 14 mars 2025, le gouvernement français a validé la nouvelle version du Nutri-Score au plan national.

Le 20 janvier 2025, Donald Trump a signé un décret pour retirer une nouvelle fois les États-Unis de l’accord de Paris, et les rejets de gaz à effet n’ont toujours pas atteint leur pic.

Politiques et législations

Depuis son accession à la Maison-Blanche, Donald Trump n’a eu de cesse de défaire toutes les initiatives susceptibles de freiner le développement des activités économiques des États-Unis (lutte contre le changement climatique, protection de la biodiversité et des océans, promotion de la diversité, intégration des migrants, encadrement des réseaux sociaux et de l’intelligence artificielle…). La politique du chef de la première puissance mondiale a fait de nombreux émules à travers le monde et a « libéré » l’action de responsables des grandes entreprises étatsuniennes qui ne se considèrent plus comme redevables d’un point de vue social et environnemental. Le 23 janvier, le procureur général du Texas, Ken Paxton, a annoncé avoir adressé une lettre cosignée par neuf autres procureurs d’États aux géants de la finance étatsunienne. Dedans, il les avertit que leurs politiques et pratiques d’investissement en matière de diversité et de climat pourraient donner lieu à des poursuites.

Les opposants à cette politique n’en restent pas pour autant les bras croisés. Au premier plan de la résistance : la Californie. Le 4 février, la députée démocrate Dawn Addis a déposé un projet de loi au Parlement californien (AB 405) pour obliger les marques de mode exerçant des activités en Californie et dont le chiffre d’affaires annuel mondial est supérieur à 1 milliard de dollars à divulguer des informations sur leurs impacts environnementaux et leurs émissions de carbone, et à mettre en place un plan de vigilance relativement à certains aspects environnementaux. Le sénateur Scott Wiener a présenté le 27 janvier un projet de loi (SB 222) qui permettrait aux victimes des événements météorologiques extrêmes d’intenter des actions juridiques auprès des sociétés pétrogazières afin de couvrir leurs pertes. En vertu des lois californiennes SB 253 et SB 261, plus de 3 000 firmes ayant des activités en Californie devaient, à compter de 2026, déclarer leurs émissions de gaz à effet de serre et leur exposition financière aux conséquences climatiques. Mais, le 18 novembre, la Cour d’appel américaine du neuvième circuit a suspendu la loi SB 261.

D’autres États ont pris des initiatives en faveur de la transparence climatique malgré l’hostilité ambiante dans le pays. À travers son projet de loi HB 25-1119, le Colorado demande aux firmes opérant dans l’État et dont le chiffre d’affaires dépasse 1 milliard de dollars de déclarer leurs émissions pour les scopes 1 et 2 à partir de 2028, puis celles pour le scope 3 à partir de 2029. L’Illinois a introduit un projet de loi (HB 3673) le 18 février. Les entreprises intervenant dans l’État et dont le chiffre d’affaires dépasse 1 milliard de dollars devront publier leurs émissions de scopes 1, 2 et 3 à partir du 1er janvier 2027. La loi SB 4117 du 3 février 2025 du New Jersey obligera les entreprises à soumettre un rapport sur leurs émissions de GES au Département de la protection de l’environnement (DEP). Le projet SB 3456, déposé le 27 janvier, exigera des sociétés intervenant dans l’État de New York et dont le chiffre d’affaires est supérieur à 1 milliard de dollars qu’elles déclarent leurs émissions de scopes 1 et 2 à compter de 2027, et celles de scope 3 à partir de 2028. L’État de Washington prévoit que toute personne vendant, proposant ou distribuant des vêtements ou des chaussures dans l’État (projet HB 1107) signale les articles contenant des produits chimiques hautement prioritaires, les moyens utilisés pour éliminer les invendus, les initiatives et les objectifs fixés pour réduire les conséquences environnementales.

Cependant, l’offensive trumpienne a eu des effets majeurs sur la politique du Vieux Continent. Certes, la Commission européenne a annoncé le 2 juillet qu’elle conservait son ambition de faire baisser les émissions nettes de GES de la zone de 90 % d’ici 2040 par rapport aux niveaux de 1990. Mais elle a aussi introduit des éléments de flexibilité contestés. À partir de 2036, les pays de l’Union pourront ainsi utiliser les crédits carbone hors UE prévus à l’article 6 de l’accord de Paris, et ce, jusqu’à 3 % de l’objectif. Les pays pourront également procéder à des arbitrages entre les secteurs. La diminution de 90 % ne fait pas la distinction entre les réductions d’émissions réelles et le captage de carbone.

Le 27 mai, le Conseil européen a annoncé avoir amendé sa réglementation devant aboutir, à partir de 2035, à une réduction de 100 % des émissions de CO2 des voitures et camionnettes neuves immatriculées dans la zone. Les constructeurs automobiles pourront lisser leurs émissions en calculant la moyenne sur trois ans. Ils auront plus de temps pour se conformer aux objectifs d’émissions et pourront ainsi éviter d’importantes pénalités financières. Le 16 décembre, la Commission a proposé une nouvelle révision de son règlement. Le nouvel objectif fixé pour les constructeurs est une baisse de 90 % des rejets de CO2 de leurs flottes neuves en 2035. Un sursis est accordé aux véhicules hybrides rechargeables, et le développement de modèles à prolongateur d’autonomie sera encouragé. Par ailleurs, les 10 % d’émissions de CO2 restants pourront être compensés. Mais les ministres des gouvernements européens ont aussi relancé les négociations sur les règles autorisant certains camions articulés électriques et à hydrogène à augmenter leur charge utile de deux à quatre tonnes. Ces camions pourront ainsi parcourir une plus grande distance avec une seule charge.

Le 25 novembre, les eurodéputés ont voté à une large majorité le report d’un an du règlement sur la déforestation importée et sa simplification. Cette position rejoint celle du Conseil de l’UE et constituera la base de son mandat lors des prochaines négociations du trilogue, rendant de cette manière probable l’adoption des mesures de report et de simplification du RDUE par l’Union. Le règlement rentrera alors en vigueur fin 2026 pour les grandes entreprises et mi-2027 pour les opérateurs de plus petite taille.

Mais la décision la plus regrettable a été la présentation par la Commission européenne, dès le 26 février 2025, de sa proposition de paquets législatifs « omnibus », malgré l’opposition de nombreuses parties prenantes actives dans la vie économique de l’Union (ONG, syndicats, financiers, cabinets de conseil et même certaines sociétés). Le vote des eurodéputés du 13 novembre sur les propositions de simplification des directives sur le devoir de vigilance des entreprises (CS3D) et leurs obligations de reporting en matière de développement durable (CSRD) est l’un des plus importants reculs observés au cours de ces dernières années. Le texte réduit considérablement le champ des sociétés concernées. Une partie du monde patronal a œuvré pour promouvoir cette position. Un document du Social LobbyMap révèle que le secteur financier et les associations professionnelles intersectorielles ont été les catégories d’acteurs les plus opposées au maintien des propositions de directives initiales. Sur les 32 entités financières étudiées, seules 8 ont soutenu tous leurs aspects. Le 4 juillet, la Commission européenne a également adopté un acte délégué visant à simplifier la taxonomie de l’Union. Les sociétés seront exemptées de déclaration sur leurs activités non matérielles. Les points de données ont été réduits de 64 % pour les entreprises non financières et de 89 % pour les sociétés financières.

Dans les autres régions du monde, les initiatives politiques sont mitigées, mais restent, dans l’ensemble, peu ambitieuses. La société civile suisse a décidé de lancer un nouveau projet de devoir de vigilance le 7 janvier 2025, après avoir enregistré un premier échec en 2020. Le 27 mai, elle a déposé sa nouvelle initiative baptisée « Pour des grandes entreprises responsables – pour la protection de l’être humain et de l’environnement » auprès de la Chancellerie fédérale. Dans un billet de blog du 31 juillet 2025, l’autorité de régulation des retraites britannique a appelé les administrateurs des régimes de retraite à jouer un rôle plus actif dans la gestion des risques financiers liés au climat et à la nature. Elle a souligné que ces risques étaient financièrement importants et devaient être traités dans le cadre de l’obligation fiduciaire des administrateurs.

Le 9 septembre 2024, la Chambre des représentants australienne a adopté une loi prévoyant l’obligation pour les entreprises de fournir des informations sur les risques et les opportunités liés au climat, et sur les émissions de gaz à effet de serre, et ce, tout au long de la chaîne de valeur. Le 31 mars 2025, l’ASIC, l’organisme de réglementation financière du pays, a publié son guide réglementaire clarifiant ses attentes quant à l’établissement de ces rapports. La loi est entrée en vigueur pour les exercices ouverts à partir du 1er janvier 2025, pour les sociétés qui sont tenues de livrer des rapports financiers annuels audités à l’ASIC et qui répondent à des seuils de taille. Le 17 juin 2025, l’Australian Sustainable Finance Institute (ASFI) a également communiqué sur la publication de la taxonomie australienne en faveur d’une finance durable.

De son côté, l’Inde a démarré une consultation sur son projet de cadrage de sa taxonomie climatique, et le gouvernement de l’État du Kerala a annoncé, le 1er octobre 2025, le lancement d’une politique environnementale, sociale et de gouvernance (ESG). Le Sustainability Standards Board of Japan (SSBJ) a fait part, le 5 mars, de la publication de ses normes de divulgation de durabilité définitives. Elles devraient constituer la base de la déclaration obligatoire d’informations relatives à la durabilité et au climat que les sociétés japonaises cotées sur le marché principal de la Bourse de Tokyo seront amenées à fournir. Le 13 juin, le député du Parti démocrate, Jung Tae-ho, a présenté à l’Assemblée nationale sud-coréenne un projet de loi sur la protection des droits de l’Homme et de l’environnement pour une gestion durable des entreprises. Il s’agit du premier projet de loi de ce type en Asie. Mais il n’en est qu’au début du processus législatif. La Thaïlande a également exprimé son intention d’adopter une loi sur la diligence raisonnable en matière de droits de l’Homme, mais aucune échéance n’est prévue. La Chine a mis à jour sa propre taxonomie qui est entrée en vigueur en octobre. Les activités vertes ont été regroupées en une seule liste qui remplacera deux classifications distinctes utilisées précédemment pour le marché obligataire, d’une part, et pour les prêts, d’autre part. Elle ne couvrira pas le marché des actions.

Au Chili, le gouvernement de Gabriel Boric a persisté à rejeter un projet minier à ciel ouvert (minerais de fer et de cuivre) de la société Andes Iron SpA pour des questions environnementales. Ce projet prévoyait aussi la construction d’un port et d’une usine de dessalement d’eau de mer. Le Comité des ministres (Comité de Ministros), constitué de représentants de plusieurs ministères, s’était réuni en urgence le 8 janvier 2025 pour à nouveau statuer sur le projet Dominga. Il avait été rejeté en 2023 par ce même comité, mais, le 9 décembre 2024, le Premier Tribunal environnemental d’Antofagasta avait considéré que le vote n’était pas valable. L’élection, le 14 décembre, du candidat d’extrême droite José Antonio Kast à la tête de l’État pourrait bien changer la donne.

GES, climat

La COP30 s’est achevée le 22 novembre sur un accord sans ambition, quelques engagements, des feuilles de route, des frustrations. Pourtant, le dérèglement climatique reste au cœur des préoccupations des consommateurs dans le monde entier, en particulier parce qu’il a une influence directe sur leur vie, comme l’atteste une étude du cabinet Deloitte réalisée auprès de plus de 20 000 personnes de plus de 20 pays (Consumers Signals Survey). L’Agence internationale de l’énergie (AIE), quant à elle, prédit une forte augmentation de la consommation mondiale d’électricité dans les années à venir et une résistance de la consommation de gaz. Bien que des chercheurs de la London School of Economics estiment que les gains de l’IA pour le climat sont nettement supérieurs à ses coûts, l’appétit énergétique des centres de données commence à faire réagir les populations. D’après la société d’information financière S&P Global, rien qu’aux États-Unis, fin 2025, les besoins en énergie des centres de données seront de 22 % supérieurs à ce qu’ils étaient fin 2024. Et ils devraient presque tripler d’ici 2030. En Pennsylvanie, plusieurs autorisations ont récemment été refusées à la suite de l’opposition du public. La sénatrice démocrate du Maryland Katie Fry Hester a lancé fin octobre un collectif multi-partisan réunissant plus de 60 élus du district de Columbia et des 13 États desservis par l’opérateur de réseau électrique PJM Interconnection. Son objectif est de faire pression sur PJM et sur les autorités fédérales afin d’éviter que des coûts énergétiques supplémentaires ne soient répercutés sur les ménages.

Les défenseurs du climat portent de plus en plus leur attention sur certaines sources de GES comme le méthane. Pourtant, les grandes enseignes de distribution européennes et étatsuniennes négligent les émissions de ce gaz. De son côté, le 16 avril, le média Inside Climate News a publié une étude sur les rejets cachés résultant des exportations de gaz naturel liquéfié (GNL) des États-Unis, en particulier ceux liés au transport maritime. En six ans, ils sont passés de 4,1 à 18,4 millions de tonnes.

Les agrocarburants sont aussi dans la ligne de mire de certaines organisations. Dans un rapport publié le 9 octobre, l’association Transport & Environnement (T&E) estime que la production mondiale d’agrocarburants émet 16 % de CO2 de plus que les combustibles fossiles. D’ici 2030, ces carburants devraient émettre 70 millions de tonnes en équivalent CO2 de plus que les combustibles fossiles (à cause de l’agriculture et de la déforestation). T&E a aussi publié une analyse des données de l’Agence européenne pour l’environnement le 10 septembre 2025. Il en ressort que les véhicules hybrides rechargeables émettent en moyenne 139 g de CO2 par kilomètre, alors que les chiffres issus des tests officiels annoncent seulement 28 g par kilomètre.

L’élevage fait également partie des cibles des associations de protection de l’environnement. Il est responsable d’environ un tiers des émissions mondiales de méthane. Les organisations environnementales Greenpeace Nordic, Friends of the Earth, Foodrise et Institute for Agriculture and Trade Policy ont calculé dans un rapport publié le 20 octobre que les émissions de GES de 45 grandes entreprises d’élevage et de production laitière émettent annuellement plus de 1 milliard de tonnes de GES, autant que le Japon.

Cela étant, les cadres volontaires à disposition des entreprises pour piloter leurs politiques environnementales font l’objet d’attaques en règle de la part des autorités étatsuniennes. Le 28 juillet, la Science-Based Targets Initiative (SBTi) et le CDP ont ainsi été assignés à comparaître par le procureur général de Floride dans le cadre d’une enquête visant à protéger les consommateurs contre un « cartel climatique ». C’est dans ce contexte hostile que la SBTi a mis en consultation la deuxième version de sa norme pour la neutralité carbone. De nombreuses mises à jour portent sur les émissions de scope 3 (à l’origine de la controverse de 2024). Le nouveau projet voudrait obliger certaines sociétés à se fixer des objectifs pour le scope 3. Mais il introduit une plus grande flexibilité qu’actuellement. Il leur serait ainsi possible de s’imposer des cibles en matière d’achats écologiques et de « chiffre d’affaires vert » au lieu d’objectifs de réduction des émissions, et ce, en privilégiant les fournisseurs directs, sur lesquels les firmes ont la plus grande influence, et les secteurs les plus émetteurs. Le 22 juillet 2025, l’organisation a aussi publié sa norme sectorielle destinée aux institutions financières pour atteindre la neutralité carbone d’ici 2050. Pour valider leur plan de transition auprès de la SBTi, les banques, assurances et investisseurs devront notamment mettre, sans délai, fin au financement ou à l’assurance de projets et d’entreprises liés au charbon, et de nouveaux projets liés au pétrole et au gaz. La SBTi prend ces initiatives, alors que les grandes banques nord-américaines ont déjà toutes quitté la Net-Zero Banking Alliance (NZBA), une alliance bancaire soutenue par l’ONU, et que l’hémorragie a gagné l’Europe.

Énergies renouvelables et transition juste

D’après l’IRENA, les énergies renouvelables ont représenté plus de 90 % de l’expansion électrique mondiale en 2024. C’est une bonne nouvelle. De son côté, le Clean Investment Monitor (CIM) constate qu’aux États-Unis les investissements dits propres résistent à la conjoncture politico-économique, mais souffrent. Pour le premier trimestre 2025, le CIM a noté un montant de dépenses s’élevant à 67,3 milliards de dollars, soit une augmentation de 6,9 % par rapport à la même période en 2024. Mais ce chiffre est en recul de 3,8 % en comparaison au quatrième trimestre 2024. Il s’agit de la deuxième baisse consécutive après une croissance ininterrompue depuis 2021. Le dérèglement climatique freine également le développement des énergies vertes. C’est le cas au Zimbabwe, par exemple, où les centrales à charbon sont relancées à cause de la sécheresse qui touche les barrages.

Les énergies vertes ont aussi des effets nocifs, en particulier sur les droits fonciers. Ainsi, fin février et début mars, des médias ont publié une enquête qu’ils ont menée auprès des communautés vivant à proximité des parcs éoliens de l’énergéticien Enel dans les États de Bahia et de Piauí (Brésil). Ils ont constaté que, pour gérer le processus d’accès au foncier, la multinationale italienne faisait appel à des sociétés locales qui avaient souvent recours à des méthodes agressives pour conclure les En Inde, la Senaapathy Kangayam Cattle Research Foundation alerte sur l’utilisation inconsidérée des herbicides, généralement à base de glyphosate, pour entretenir les stations photovoltaïques du Tamil Nadu. Toujours en Inde, le 23mai2025, la Banque asiatique de développement (BAD) a annulé un prêt de 434,25 millions de dollars qui devait financer la réalisation d’un projet photovoltaïque de 500 MW en Assam (Assam Solar Park), dans le nord-est du pays. Il devait en effet être construit sur les terres des peuples autochtones du Conseil autonome de Karbi Anglong (KAAC).

Le nickel va également jouer un rôle majeur dans la transition écologique, notamment dans la production de batteries. Mais l’exploitation minière n’est pas sans causer de sérieux dégâts à la biodiversité locale. Elle suscite des réactions de la part des populations et des milieux écologistes. C’est le cas en Indonésie, qui détiendrait 20 % des réserves mondiales, sur l’île de Gag dans l’archipel de Raja Ampat. Ce dernier abrite l’un des écosystèmes marins les plus riches au monde.

Nature, forêts et biodiversité

La biodiversité subit des dommages sans précédent qui ne semblent pas ralentir. Le 17 juillet, par exemple, au Brésil, la Chambre des députés a approuvé le projet de loi (2159/2021) qui établit les règles générales d’octroi de licences environnementales. Il l’a ensuite été le 8 août par le président. Celui-ci a néanmoins annulé ou modifié 63 de ses 398 articles. Mais, le 27 novembre, le Sénat a levé une grande partie des veto. Cette loi est très décriée, tant par les associations écologistes que par les défenseurs des droits des communautés, les partisans des pratiques de développement durable et certains membres du gouvernement. Pour ces organisations et personnalités, elle constitue l’un des plus grands revers environnementaux depuis le retour du Brésil à la démocratie.

Pourtant, dans le traditionnel rapport produit à l’occasion du forum de Davos (The Global Risks Report 2025), la perte de biodiversité et l’effondrement des écosystèmes n’apparaissent qu’à la 21e place des risques globaux perçus à courte échéance en matière de sévérité. Le 14 janvier 2025, le Centre pour la gouvernance et le développement durable de la Business School de l’université nationale de Singapour et le groupe de luxe français Kering ont publié une étude sur les rapports liés à la nature et les plans de transition climatique des grandes entreprises d’Asie-Océanie. Sur les 700 firmes analysées, 72 % mentionnent des sujets tels que l’eau, la biodiversité et la protection des écosystèmes dans leurs rapports annuels ou de développement durable, mais seulement un quart d’entre elles considèrent ces questions comme importantes pour leurs activités.

Un deuxième volet de la COP16 sur la biodiversité s’est déroulé à Rome du 25 au 27 février après l’échec de Cali en novembre 2024. Les participants sont laborieusement parvenus à un accord sur la méthode à suivre afin de réunir les ressources financières nécessaires pour protéger la biodiversité mondiale (200 milliards de dollars par an d’ici 2030). Les progrès accomplis seront évalués lors de la COP17, qui aura lieu en Arménie en 2026. Pour l’heure, ils sont très faibles.

Malgré tout, des initiatives sont prises pour fournir aux entreprises les outils pour piloter leur politique sur la protection de la nature. L’Organisation internationale de normalisation (ISO) a par exemple annoncé le 9 octobre 2025 la publication de la première norme mondiale destinée à aider les organisations à mesurer, gérer et agir en faveur de la biodiversité (ISO 17298).

Populations autochtones, communautés locales

Les controverses sur les projets de compensation carbone reposant sur la nature continuent de défrayer la chronique. L’association néerlandaise SOMO a publié le 21 mars une analyse des arguments développés dans deux études favorables à ces instruments. Elle fait notamment ressortir des biais résultant du choix des données, des irrégularités, des informations insuffisantes, des incohérences dans les données fournies, des astuces comptables… Une autre étude publiée dans Nature Reviews Biodiversity relève que les gains de biodiversité découlant des initiatives visant à restaurer la nature sont souvent surestimés, voire totalement absents.

En première ligne, les populations autochtones réagissent. En Indonésie, le 20 mars, plus de 90 tribus, organisations politiques et groupes religieux de Papouasie occidentale ont officiellement encouragé le boycott de produits « impliqués dans l’occupation indonésienne », intégrant de l’huile de palme issue de la déforestation du territoire et conduisant à la spoliation des terres ancestrales des populations locales. Le 30 mai 2025, un tribunal fédéral brésilien (São Luís, État de Maranhão) a ordonné la suspension d’un projet de compensation carbone sur le territoire du peuple ka’apor en raison de l’absence de consentement préalable, libre et éclairé (CPLE). Le 4 juillet, l’Alliance internationale de solidarité massaï (MISA) a appelé Volkswagen à se retirer d’un programme de crédits carbone controversé qui viole les droits des populations : le Longido and Monduli Rangelands Carbon Project. La MISA accuse Volkswagen de prendre le contrôle d’une grande partie des terres des populations, de menacer leurs moyens de subsistance en bouleversant les pratiques de pâturage traditionnelles, et d’avoir fait des « déclarations fausses et trompeuses » sur la participation des Massaï à la prise de décision concernant le projet. Le 13 mars, la Cour interaméricaine des droits de l’Homme a jugé que le gouvernement équatorien avait violé les droits des peuples autochtones non contactés vivant dans la forêt amazonienne en autorisant des forages pétroliers dans des zones du parc national Yasuni.

Consommation, déchets, ressources

Les pesticides aussi affectent la nature (et la santé). Malgré de nombreuses failles, les autorités françaises et européennes tentent de réduire les effets des substances toxiques en limitant ou en proscrivant d’y avoir recours sur le territoire national ou européen. Mais, en France, la polémique ayant entouré la réintroduction de l’acétamipride et le veto mis par le Conseil constitutionnel à cette réintroduction ont mis en évidence la dissymétrie existant entre les règles qui régissent les différents systèmes agricoles à travers le monde. Cela a pour conséquence, entre autres, d’autoriser l’importation d’alimentation humaine ou animale ayant été produite grâce à des substances toxiques interdites dans l’UE. Cette absurdité va encore plus loin. C’est ce que montre l’association suisse Public Eye qui a publié une nouvelle enquête le 17 septembre sur les exportations de pesticides depuis le territoire de l’Union européenne, où leur utilisation est prohibée. Pour autant, des réactions voient le jour dans les pays en développement. Ainsi, des Kenyans ont saisi le tribunal de l’environnement et des terres pour demander l’arrêt de l’utilisation et de la distribution d’une gamme de produits phytosanitaires au Kenya. Ils ont porté plainte contre plusieurs entreprises occidentales et africaines, et contre des organismes d’État.

Les PFAS (per- et polyfluoroalkylées) vont continuer de faire parler d’eux. Le 9 septembre, le Bureau européen de l’environnement (BEE) a publié une étude dans laquelle il révèle une contamination généralisée par les PFAS des poissons sauvages en Europe. Mais les États veulent temporiser les mesures de contrôle de la pollution de l’eau. En France, la consommation de l’eau du robinet a été interdite dans douze communes des Ardennes et dans quatre de la Meuse à cause du taux élevé de PFAS qui y a été prélevé. Les communes ont remboursé l’eau aux habitants pendant six mois.

Plusieurs victoires contre ces « produits chimiques éternels » ont été enregistrées aux États-Unis en 2025. Le 13 mai, le géant chimique 3M a ainsi accepté de payer 450 millions de dollars au New Jersey pour mettre un terme aux doléances concernant son rôle dans la contamination du milieu naturel par des PFAS pendant des décennies. Le département de la Protection de l’environnement du New Jersey (Department of Environmental Protection, DEP) a affirmé que l’entreprise avait sciemment fourni des composés PFAS à l’usine DuPont Chambers Works pour qu’ils soient utilisés dans la fabrication de produits comme le Téflon, et ce, bien qu’elle ait eu connaissance des risques qu’ils faisaient courir à la santé et à l’environnement. Puis, le 4 août, ce sont les sociétés Chemours, DuPont et Corteva qui ont accepté de payer plus de 2 milliards de dollars pour mettre un terme à un procès ouvert deux mois plus tôt. Selon le cabinet d’avocats new-yorkais Douglas & London, plus de 15 000 poursuites liées aux PFAS seraient en cours dans l’ensemble du pays.

Haute mer, minéraux, océans

Les eaux internationales représentent environ 60 % de l’océan mondial. Elles constituent donc un enjeu majeur pour la biodiversité et le climat. Le 5 février 2025, la France a officiellement déposé aux Nations unies sa ratification de l’accord se rapportant à la Convention des Nations unies sur le droit de la mer, et portant sur la conservation et l’utilisation durable de la diversité biologique marine des zones ne relevant pas de la juridiction nationale (traité sur la haute mer). Le 19 septembre, le Maroc est devenu le 60e État à ratifier ce traité, qui va donc pouvoir entrer en vigueur.

La troisième Conférence des Nations unies sur l’Océan (UNOC), qui s’est achevée le 13 juin à Nice, a ouvert des perspectives, fait naître des attentes et suscité quelques déceptions. Les États ont notamment réaffirmé le rôle central de l’Autorité internationale des fonds marins (AIFM) pour encadrer les activités liées aux ressources minérales dans les zones situées au-delà des juridictions nationales, et 38 pays ont confirmé ou rejoint l’accord visant à imposer un moratoire à l’exploitation minière des grands fonds marins.

Pourtant, la 30e session de l’Autorité internationale des fonds marins (AIFM) s’est achevée en Jamaïque le 25 juillet sans moratoire sur l’exploitation minière en haute mer. Certains États membres souhaitent finaliser rapidement la réglementation, car ils estiment que les retards accentuent le risque d’une exploitation minière en eaux profondes en dehors du cadre de l’AIFM. C’est d’ailleurs ce que tentent de faire The Metals Company (TMC) et le gouvernement des États-Unis. Le 24 avril, Donald Trump a signé un nouveau décret qui ordonne unilatéralement au ministère du Commerce de poursuivre l’exploration et l’exploitation des ressources des grands fonds marins dans la zone économique exclusive (ZEE) des États-Unis, mais également dans celles situées au-delà de la juridiction nationale. Il exige aussi que la NOAA (National Oceanic and Atmospheric Administration) accélère le processus d’examen et de délivrance des permis d’exploration et d’exploitation commerciale en eaux profondes dans les zones situées au-delà de la juridiction nationale pour les entreprises américaines. De son côté, le 9 janvier 2024, le Parlement norvégien avait donné son feu vert pour l’exploitation d’une large étendue de son plateau continental. Mais, le 3 décembre 2025, les cinq partis soutenant le nouveau gouvernement se sont accordés pour reporter à 2029 les premières attributions de licences. Celles-ci étaient initialement prévues pour 2026. Quant au congrès de Nouvelle-Calédonie, il a adopté le 29 avril une loi portant moratoire sur l’exploration et l’exploitation des ressources minérales au sein de son espace maritime pour une période de 50 ans.

Éradiquer le greenwashing

Ces dernières années, le greenwashing climatique a prospéré dans de nombreuses régions du monde, entérinant, de fait, l’intérêt du public pour une économie moins émissive. En décembre, le Center for Climate Integrity (CCI) a examiné plus de 300 publicités de BP, Chevron, ExxonMobil et Shell sur le climat entre 2000 et 2025 montrant que ces firmes sont passées du déni de la réalité du changement climatique à la promotion de prétendues solutions pour résoudre le problème. Le document analyse sept catégories de publicités trompeuses durant cette période. L’association InfluenceMap, quant à elle, a analysé plus de 3 500 communications publiées sur Internet entre 2018 et 2024 par plus de 300 entreprises. Elle a examiné la manière dont ces dernières se sont emparées du terme « transition juste ». Elle constate ainsi que 69 % des communications se contentent de mentionner brièvement ou d’évoquer de manière générale une transition juste.

Afin de mieux protéger les consommateurs contre les fausses allégations environnementales et l’obsolescence précoce, la Commission européenne a publié une proposition de directive le 22 mars 2023. Mais, le 18 juin 2025, le groupe Parti populaire européen (PPE) a appelé la Commission à la retirer, invoquant un potentiel fardeau supplémentaire pour les entreprises. Dans un premier temps, la Commission a obtempéré en annonçant, le 20 juin, son intention de retirer sa proposition. Puis, à la suite de la levée de boucliers que cette déclaration a suscitée, la présidente de la Commission a tenu à préciser que celle-ci n’avait jamais eu l’intention de retirer la proposition. Le trilogue de négociations final a cependant été annulé, et aucune nouvelle réunion n’a été programmée.

Quoi qu’il en soit, le corpus réglementaire existant permet déjà souvent de combattre les allégations environnementales trompeuses. Aux États-Unis, par exemple, Apple a été poursuivie en justice pour avoir affirmé que trois de ses montres étaient neutres en carbone. Le 18 mars 2025, la Cour fédérale australienne a ordonné une amende de 10,5 millions de dollars australiens (6,13 millions d’euros) au fiduciaire en charge de la gestion du fonds de pension Active Super LGSS. Ce recours disposait qu’entre 2021 et 2023, Active Super avait investi dans des titres qu’il prétendait avoir éliminés ou restreints grâce à des filtres ESG (jeux de hasard, extraction du charbon, sables bitumineux, sociétés russes). Il s’agissait du troisième gestionnaire d’actifs à être ainsi sanctionné en Australie.

En Europe et au Royaume-Uni, des constructeurs automobiles ont été condamnés pour s’être entendus afin de ne pas faire de publicité sur le taux de recyclabilité de leurs véhicules. Les contrevenants ont accepté de payer plus de 77 millions de livres sterling (90 millions d’euros) à la suite de la décision pour pratique anticoncurrentielle rendue par l’autorité britannique en charge de la concurrence et des marchés, et plus de 458 millions d’euros après l’enquête menée par la Commission européenne. Toujours au Royaume-Uni, l’Advertising Standards Authority (ASA) a ordonné à TotalEnergies de retirer une publicité sur les réseaux sociaux qui affirmait qu’elle était sur la « voie de la neutralité carbone ». Cette décision, publiée le 9 avril 2025, faisait suite à une plainte déposée par l’association Adfree Cities. L’ASA a jugé que le message omettait des informations importantes comme le fait que l’entreprise générait actuellement l’essentiel de ses bénéfices grâce aux combustibles fossiles, et qu’elle leur allouait la majeure partie de ses investissements.

En France, le 3 juillet, la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) a condamné la société Infinite Style E-Commerce Ltd., chargée des ventes de Shein, à une amende de 40 millions d’euros. Le 23 octobre, le Tribunal judiciaire de Paris a déclaré TotalEnergies coupable de pratiques commerciales trompeuses. Dans sa décision, il précise que « les sociétés TotalEnergies et TotalEnergies Électricité et Gaz France ont commis des pratiques commerciales trompeuses, en diffusant, à partir du site www.totalenergies.fr, des messages reposant sur les allégations portant sur leur “ambition d’atteindre la neutralité carbone d’ici 2050” et “d’être un acteur majeur de la transition énergétique” de nature à induire en erreur le consommateur, sur la portée des engagements environnementaux du Groupe ». En Pologne, l’association ClientEarth a annoncé le 18 septembre avoir intenté une action en justice contre Nestlé Pologne pour des allégations trompeuses concernant la recyclabilité des bouteilles d’eau de sa marque Nałęczowianka.

Conditions de travail, migrants, rémunérations décentes

Les conditions de travail indécentes dans les chaînes d’approvisionnement de l’industrie textile sont toujours d’actualité, y compris en Europe et dans l’industrie du luxe. Les travailleurs migrants restent les premières victimes. Le 2 décembre, des carabiniers de la Nucleo Ispettorato del Lavoro (NIL), l’unité en charge de la protection au travail, sont intervenus dans les bureaux de 13 sociétés du secteur de la mode et du luxe. Parmi les maisons incriminées, la presse italienne cite Adidas, Alexander McQueen (Kering), Givenchy (LVMH), Gucci (Kering), Prada, Versace (Prada) et Yves Saint Laurent (Kering). À moins de dix ans du Mondial de football, l’Arabie saoudite commence à faire l’objet de pressions sur les conditions de travail des migrants.

L’association new-yorkaise Transparentem a publié le 7 janvier, les résultats d’une étude sur les chaînes d’approvisionnement en coton de 50 grandes entreprises et autres organisations vendant des produits textiles. Les plantations de coton se situent toutes dans l’État du Madhya Pradesh (Inde). L’enquête révèle que ces fermes recourent de façon généralisée au travail des enfants et au travail illégal des adolescents, abus qui semblent endémiques de la région. L’ONG a également relevé des signes de travail forcé comme des endettements à des taux d’intérêt prohibitifs, des conditions de travail déplorables ou l’exploitation de personnes en situation vulnérable.

Une nouvelle fois, Teleperformance a été soupçonné de laxisme quant aux conditions de travail de ses modérateurs de contenu dans sa nouvelle filiale au Ghana. La multinationale a finalisé l’acquisition de la société Majorel le 8 novembre 2023. Le 27 avril 2025, le Bureau of Investigative Journalism (BIJ) et The Guardian ont révélé que le nouveau sous-traitant de Meta en Afrique de l’Est était Majorel, et que cette activité était désormais implantée à Accra, la capitale du Ghana. Ils ont publié une enquête dans laquelle ils décrivent les conditions de travail des salariés de Majorel, qu’ils qualifient de « pires conditions à ce jour ». L’organisation britannique Foxglove a décidé d’aller plus loin et a indiqué, le 28 avril, qu’elle travaillait « sur une action en justice visant à mettre fin à l’exploitation des modérateurs de contenu par Meta et Majorel au Ghana ».

Les fortes chaleurs sur le lieu de travail deviennent une préoccupation majeure à l’échelle mondiale. Le changement climatique entraîne des augmentations de température de plus en plus fortes et de plus en plus fréquentes. Cela a évidemment des répercussions sur l’environnement, mais aussi sur la santé des personnes, l’économie (les rythmes de travail sont perturbés, les accidents du travail augmentent…) ainsi que les conditions de travail des ouvrières et des ouvriers. Les abus se multiplient à travers le monde et conduisent à des souffrances extrêmes et à des décès à cause du stress thermique.

Mais les organisations syndicales s’emparent du sujet. En Sardaigne, région classée parmi les plus chaudes d’Europe, les syndicats ont adressé le 21 juin une lettre à la présidente de la région. Au Japon, depuis le 1er juin, les employeurs sont sanctionnés s’ils ne prennent pas les précautions adéquates pour protéger les travailleurs des températures extrêmes. Aux États-Unis, les maladies liées à la chaleur coûtent 1 milliard de dollars par an en frais d’hospitalisation. Pour la première fois, une norme nationale sur la chaleur au travail est à l’étude. Le ministère de l’Emploi et du Travail sud-coréen prévoyait d’instaurer une pause obligatoire pour deux heures de travail effectif dès lors que la température ressentie était supérieure ou égale à 33 °C. Mais la Commission présidentielle de réforme réglementaire a demandé le retrait de cette clause du projet de loi sur la santé et la sécurité. Les syndicats exigent qu’elle soit réintroduite. L’Agence européenne pour l’environnement a souligné, dans un rapport publié le 10 juin, les conséquences climatiques disproportionnées sur les travailleurs agricoles migrants et a appelé à des mesures de protection contre l’exposition à la chaleur. Les syndicats ont dénoncé des conditions de travail insupportables dans les entrepôts d’Amazon en Inde à cause des canicules.

On note aussi quelques avancées sur le plan des conditions de travail et du droit syndical. En Corée du Sud, une loi renforce les droits des travailleurs précaires et limite les demandes de dommages et intérêts des entreprises contre les syndicats. Le 9 septembre, la société britannique de mode éphémère (fast fashion) ASOS et la Fédération internationale des ouvriers du transport (ITF) ont signé un accord sur la protection des travailleurs dans les chaînes d’approvisionnement d’ASOS. Cet accord est juridiquement contraignant. ASOS et l’ITF coopéreront pour mener des actions de diligence raisonnable en matière de droits humains dans le cadre des opérations de transport et de logistique de l’entreprise. La plate-forme collaborative d’évaluation des performances RSE des entreprises EcoVadis a (enfin) lancé un dispositif permettant aux travailleurs des sous-traitants de signaler aux donneurs d’ordres les problèmes sociaux sur leur lieu de travail.

Action syndicale

Lorsqu’il s’agit de s’intéresser aux conditions de travail, la bonne santé et le respect des syndicats sont centraux. Le 1er décembre 2022, Teleperformance et la fédération syndicale internationale UNI Global Union ont signé un accord mondial. Malgré cela, les relations entre la direction et le personnel de cette entreprise sont très tendues en Grèce. Les grèves se sont multipliées depuis le début de l’année 2024. SETEP, le syndicat représentant les salariés de Teleperformance en Grèce, et le SETIP, la Fédération grecque du secteur des télécommunications et des technologies de l’information, dénoncent des rythmes de travail insoutenables, des rémunérations qui demeurent très basses et le recours abusif aux contrats courts. Les représentants syndicaux déclarent que Teleperformance est opposée à la syndicalisation de l’entreprise.

Le syndicat de l’usine de Samsung de Kanchipuram (Tamil Nadu, Inde) peine à se faire reconnaître par la direction. L’usine emploie environ 5 000 salariés, dont 1 500 seulement bénéficient d’un contrat permanent. Dans un communiqué du 5 juin 2025, la fédération syndicale UNI Americas Finance a alerté sur le comportement antisyndical généralisé de la banque espagnole Banco Santander dans plusieurs pays d’Amérique latine.

On note aussi quelques avancées dans le domaine des droits syndicaux. Dans la province de Kampong Spoe au Cambodge, entre août et novembre 2024, cinq syndicalistes de la Fédération des syndicats libres et indépendants (FUFI) ont été licenciés par la direction de l’usine chinoise SSH CB Sustainable Fashion Co Ltd. Finalement, à la suite de négociations entre Inditex, l’employeur, le syndicat et les ONG concernées, les cinq syndicalistes ont été réintégrés le 21 avril 2025.

Le 22 mai 2025, la Communication Workers Union (CWU) a annoncé qu’elle avait conclu un accord local avec Teleperformance accordant aux salariés le droit à la reconnaissance syndicale et à la négociation collective. Cet accord est d’autant plus intéressant que tous les salariés de la filiale travaillent à distance, et que la reconnaissance des syndicats et le droit de négocier collectivement ne sont pas protégés par la législation irlandaise. Selon les termes de l’accord, la CWU est reconnue comme la représentante légitime des salariés de Teleperformance en Irlande.

Aux États-Unis, un seul entrepôt est actuellement pourvu d’un syndicat, à Staten Island (État de New York) depuis avril 2022. Mais Amazon refuse de le reconnaître. Chez le groupe aux États-Unis, la création d’un syndicat requiert donc une certaine ténacité. C’est ce qui semble animer le révérend Ryan Brown, qui a cofondé les Carolina Amazonians United for Solidarity and Empowerment (CAUSE) en vue de former un syndicat dans le centre de Garner. Les élections se sont tenues du 10 au 15 février. Les salariés ont cependant rejeté la syndicalisation (2 447 votes contre, 829 voix pour). À l’inverse, le 10 juillet, les salariés d’un centre de distribution d’Amazon à Delta (Colombie-Britannique, Canada) ont été officiellement autorisés à se syndiquer par la commission des relations de travail de la province. L’entrepôt de Delta est le troisième établissement d’Amazon en Amérique du Nord à se syndiquer, après celui de Staten Island et un autre à Laval, au Québec, en 2024.

Jeux vidéo, plates-formes, IA et syndicats

Certains secteurs d’activité font l’objet d’une effervescence particulière sous l’angle de l’organisation syndicale. C’est le cas, par exemple, de l’industrie des jeux vidéo, qui suscite de nombreuses protestations de la part des personnes qui y travaillent : bas salaires, avantages sociaux insuffisants, recours généralisé aux heures supplémentaires obligatoires (« crunch »), emplois précaires, licenciements excessifs, harcèlement, discrimination… Plusieurs grèves ont donc été déclenchées, et les employés ont commencé à s’organiser en syndicats. Le 30 mai 2025, la fédération syndicale étatsunienne Communications Workers of America (CWA) a annoncé que plus de 300 salariés intervenant dans l’assurance qualité de ZeniMax Media avaient conclu un accord de principe avec l’entreprise dans le Maryland et le Texas. ZeniMax Media est une filiale de Microsoft qui intervient dans le développement, l’édition et la distribution de jeux vidéo.

Les salariés des centres d’appels s’organisent aussi. Le 2 juillet 2025, ceux du Suriname ont fondé un syndicat : le Vakbond Voor Alle Werkers (BVAW). Toujours en juillet, les employés du siège berlinois de l’entreprise TikTok, soutenus par la centrale syndicale ver.di, se sont mis en grève à deux reprises pour protester contre le refus de la multinationale chinoise de négocier les conditions du licenciement de 150 modérateurs de contenu. Les modérateurs de contenu de neuf pays (Ghana, Kenya, Turquie, Pologne, Colombie, Portugal, Maroc, Tunisie et Philippines) ont formé, le 30 avril à Nairobi, la première alliance syndicale mondiale de leur profession dans le but de lutter pour des salaires décents, des conditions de travail sûres et des représentations syndicales dans leur secteur : la Global Trade Union Alliance of Content Moderators (GTUACM).

Deux syndicats allemands, ver.di et l’Association fédérale des acteurs (Bundesverband Schauspiel, BFFS) ont conclu un accord sur l’utilisation de l’IA générative dans les productions cinématographiques avec l’association allemande des producteurs de films Produktionsallianz. Celui-ci est entré en vigueur le 1er mars 2025. De manière générale, les syndicats continuent de se mobiliser pour tirer parti de l’intelligence artificielle plutôt que de la subir et réclament plus de formation.

Attaques contre l’engagement actionnarial

L’engagement actionnarial a subi de sérieux revers en 2025. Trois cabinets de conseil ont interrogé plus de 200 administrateurs de sociétés étatsuniennes sur leurs priorités, leurs défis, leurs perspectives et leurs impressions quant au climat des affaires aux États-Unis. Selon leur rapport What Directors Think paru le 12 février 2025, les conseils d’administration considèrent que le fait de s’exprimer sur des questions sociales dans le contexte actuel représente un risque important pour leur firme. Par ailleurs, ils ne sont que 11 % à déclarer que l’élaboration ou la mise en œuvre de la stratégie de durabilité de l’entreprise est une priorité absolue.

Le spécialiste mondial en politique de vote Institutional Shareholder Services (ISS) constate que le nombre total de propositions soumises par les actionnaires a significativement diminué. Il a annoncé le 11 février qu’il n’inclurait plus les considérations de diversité de genre, raciales et ethniques dans ses recommandations de vote relatives aux conseils d’administration aux États-Unis. Outre le contexte législatif et légal, l’avertissement dont a fait l’objet ISS de la part de 21 procureurs généraux d’État en 2023 pourrait avoir influencé son choix. Cet avertissement suggérait que son soutien aux questions de DEI (diversity, equity, inclusion) et de climat dans les sociétés pourrait être vu comme une violation de son devoir consistant à prendre en compte les intérêts financiers de ses clients.

En juin 2024, un pilote d’American Airlines a intenté une action en justice contre son entreprise. Il reprochait à son employeur d’avoir mal géré l’épargne-retraite des employés en investissant auprès de gestionnaires de fonds qui « poursuivent des agendas politiques de gauche » par le biais de stratégies ESG, de votes par procuration et d’activisme actionnarial. Le 10 janvier 2025, le juge Reed O’Connor lui a donné raison et a considéré que les défendeurs avaient manqué à leur devoir fiduciaire de loyauté. Il a rappelé que BlackRock, le gestionnaire des plans de retraite, adoptait dans son approche certains critères ESG qui correspondaient à la politique de développement durable d’American Airlines. De fait, il avait permis que ces plans soient influencés par des objectifs d’entreprise sans rapport avec le meilleur intérêt financier des salariés.

Pour enfoncer le clou, la Securities and Exchange Commission (SEC) a annoncé le 17 novembre que durant la saison des assemblées générales 2025-2026, elle n’exprimerait pas d’avis sur les raisons invoquées par les sociétés pour exclure des projets de résolution d’actionnaires de leurs documents de vote.

La diversité et l’inclusion ne sont plus les bienvenues aux États-Unis

L’offensive des anti-ESG se ressent aussi dans les assemblées générales des entreprises, en particulier sur le thème de la diversité et de l’inclusion. Mais les partisans de ces politiques résistent. Le groupe de réflexion conservateur National Center for Public Policy Research (NCPPR) a déposé un projet de résolution à l’ordre du jour de l’assemblée générale du groupe de distribution étatsunien Costco, qui s’est déroulée le 23 janvier 2025. Ce projet demandait à Costco de publier un rapport sur les risques financiers liés au maintien de ses objectifs de diversité et d’inclusion. Les actionnaires ont largement rejeté ce projet de résolution.

Depuis une quinzaine d’années, l’enseigne de distribution Target supportait la communauté LGBTQ+ en célébrant le mois des fiertés. Mais ce soutien a entraîné des réactions hostiles, et en 2023, des campagnes de boycott de l’enseigne ont été lancées, des magasins ont été vandalisés, des employés ont été harcelés, des menaces à la bombe ont été proférées… Le 31 janvier 2025, des actionnaires menés par le fonds de pension de la police de la ville de Riviera Beach en Floride ont engagé une action collective contre l’entreprise. Les plaignants affirmaient que le détaillant n’avait pas divulgué le risque de boycott des consommateurs découlant de ses initiatives environnementales, sociales et de gouvernance, de diversité, d’équité et d’inclusion. Mais les ennuis judiciaires ne se sont pas arrêtés là pour Target. Le 20 février, l’État de Floride et la fondation America First Legal ont déposé une plainte contre le groupe devant le tribunal fédéral de Fort Myers (Floride) pour avoir dissimulé les risques liés à la diversité et aux initiatives sociales qui ont abouti à une réaction négative des clients, aggravant ainsi la baisse du cours de l’action du groupe.

Réseaux sociaux et libertés : un champ pour l’action ESG qui s’étend

Les activités liées aux réseaux sociaux pourraient probablement encore susciter davantage de réactions sur le terrain de la responsabilité d’entreprise, y compris à l’encontre des annonceurs et de leur choix de support, et ce, à cause de la prodigieuse croissance de l’IA et de la libération de la parole aux États-Unis et dans quelques autres pays.

Le 7 janvier 2025, Mark Zuckerberg a annoncé que Meta Platforms, la société de médias sociaux dont il est le P.-D.G., avait abandonné son programme de vérification des faits aux États-Unis (fact-checking program). Ce changement affectera Facebook, Instagram et Threads. L’homme d’affaires a déclaré : « Nous [avions] atteint un point où il y [avait] trop d’erreurs et trop de censure. » L’entreprise supprimera notamment des restrictions sur de nombreux sujets comme l’immigration et l’identité de genre. Le niveau de censure sera ainsi considérablement réduit. Pour l’instant, Meta ne prévoit ces changements que pour le marché américain. La plate-forme sociale professionnelle Blind a mené une enquête auprès de 965 employés de Meta entre le 16 et le 19 janvier 2025. Ce sondage a fait ressortir que 42 % des personnes interrogées étaient en désaccord avec l’abolition des programmes de vérification des faits, mais que 36 % étaient favorables à cette initiative.

À la suite de l’adoption par l’Europe d’un règlement pour encadrer les activités liées à l’IA (Artificial Intelligence Act), la Commission a publié un premier code de conduite non contraignant pour encadrer les modèles d’IA à usage général, mais en juillet, Meta a déclaré qu’elle refusait de le signer. Elle a aussi lancé, le 23 septembre, un super-comité d’action politique (PAC), baptisé American Technology Excellence Project (ATEP), pour soutenir, lors des élections dans les États fédérés, les candidats qui partagent ses convictions sur la surveillance de l’IA. Ce même mois, la Californie a promulgué une loi pour encadrer les sociétés d’intelligence artificielle.

De son côté, Google a apporté un important changement à ses principes relatifs à l’intelligence artificielle au début de l’année 2025. L’entreprise a ainsi discrètement supprimé les engagements qu’elle avait pris de ne pas concevoir ni déployer d’outils d’IA destinés à être utilisés dans des armes ou dans des technologies de surveillance. Quant à Jeff Bezos, propriétaire du Washington Post, il a annoncé le 26 février que, désormais, les articles d’opinion soutiendront et défendront deux piliers : les libertés individuelles et le libre marché. D’autres sujets seront abordés, mais les points de vue opposés à ces deux principes « seront publiés par d’autres journaux ».

Pour promouvoir cette conception de la liberté d’expression en dehors des États-Unis, le 28 mai, le secrétaire d’État américain Marco Rubio a prévenu que des restrictions de visas seraient prononcées contre les fonctionnaires étrangers impliqués dans la censure des citoyens américains. Cette menace a été exécutée le 23 décembre dernier, l’administration Trump ayant interdit de séjour aux États-Unis l’ancien commissaire européen en charge du marché intérieur et du numérique, Thierry Breton, ainsi que plusieurs autres personnalités européennes. Cela n’a cependant pas empêché la Cour suprême du Brésil d’approuver, le 27 juin 2025, une décision rendant les médias sociaux responsables de ce que publient leurs utilisateurs.

Zones de conflit, présences controversées

Investir dans les zones de conflit est toujours un sujet de controverses. L’impôt sur les sociétés versé à l’État russe par les entreprises étrangères reste considérable. Deux ONG, B4Ukraine et Squeezing Putin, et l’Institut de l’école d’économie de Kiev (KSE Institute) ont publié un rapport qui analyse la contribution fiscale à la Russie des entreprises étrangères. La plupart sont originaires des pays du G7 et/ou de l’Union européenne. Selon les estimations de cette étude, le montant des impôts et taxes versés à la Russie par des entreprises étrangères représenterait un tiers de son budget militaire évalué pour 2025. Cependant, le renforcement de la guerre commerciale initié par l’administration Trump et l’annonce d’une trêve partielle dans le conflit entre la Russie et l’Ukraine poussent certaines firmes à réétudier les relations qu’elles entendent entretenir avec la Fédération de Russie. C’est le cas des sociétés sud-coréennes, qui accélèrent leurs études de faisabilité pour la reprise de leurs opérations là-bas.

La situation en Palestine et à Gaza continue de déchaîner les passions. Certaines positions s’affaiblissent. Cela semble être le cas de l’Irlande, où la proposition de loi de 2018 visant à interdire l’importation des produits et services en provenance des territoires palestiniens occupés est toujours en débat. Le 18 mars, Google a annoncé avoir conclu un accord pour l’acquisition de la start-up israélienne Wiz pour un montant de 32 milliards de dollars (29,6 milliards d’euros). Il s’agit d’une société de sécurité cloud fondée par d’anciens membres de l’unité 8200, un groupe d’élite de cyberespionnage et de surveillance de l’armée israélienne. Les discussions pour que le géant du Net acquière Wiz auraient pris de l’ampleur après le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche. Le 7 mai, le média d’investigation Follow the Money (FTM) a révélé que les agences de notation extra-financière Morningstar Sustainalytics et MSCI avaient décidé de ne plus prendre en compte les violations des droits humains dans les territoires palestiniens occupés, et ce, en raison des exigences de groupes de pression.

À l’inverse, les actions émanant de la société civile ont l’air de se durcir. Ainsi, les appels au boycott des organisations activistes semblent être à l’origine de la fermeture des succursales de Carrefour à Oman annoncée le 7 janvier 2025. Le mouvement Boycott, désinvestissement et sanctions (BDS) dénonce le partenariat du groupe avec l’entreprise israélienne Electra Consumer Products et sa filiale Yenot Bitan, qui contribue au renforcement de la présence israélienne dans les territoires occupés.

Le 10 juin, trois associations ont annoncé des actions en justice concertées en Irlande, au Royaume-Uni et aux États-Unis contre Airbnb pour sa présence dans les territoires palestiniens occupés. Le 16 octobre, c’est la Ligue des droits de l’Homme (LDH) qui a porté plainte contre Airbnb et Booking.com. L’association accuse les deux plates-formes de complicité de recel aggravé de crimes de guerre. Le 2 septembre, le directeur financier de l’agence de voyages espagnole eDreams ODIGEO, David Elizaga, a révélé que la plate-forme avait bloqué, et continuerait de le faire, les annonces de logements dans les colonies israéliennes illégales situées dans les territoires palestiniens occupés. La chaîne de cosmétiques britannique Lush a été plus loin en fermant tous ses magasins au Royaume-Uni ainsi que son site internet le 4 septembre. Sur les vitrines des magasins fermés, on pouvait lire : « Arrêtez d’affamer Gaza, nous sommes fermés en signe de solidarité. » En novembre 2024, la fédération syndicale internationale UNI Global Union a renouvelé son accord social mondial avec BNP Paribas. Celui-ci définit un engagement à respecter les droits humains et le droit du travail dans le monde entier. Dans une lettre adressée le 8 octobre au directeur général de BNP Paribas, Jean-Laurent Bonnafé, UNI Global Union appelle la banque à honorer cet engagement et, notamment, à mettre un terme à son implication dans les territoires palestiniens occupés.

Depuis avril 2023, la guerre civile s’est intensifiée au Soudan. Les Forces de soutien rapide (RSF, en anglais) paramilitaires se sont emparées des principales régions productrices de gomme arabique. Or, le Soudan fournit environ 80 % de la production mondiale de cet ingrédient essentiel dans la fabrication de certains produits alimentaires et de beauté. Cette marchandise fait l’objet d’un trafic depuis les zones contrôlées par les RSF et est acheminée vers les pays voisins. Les associations de défense des droits humains craignent que l’opacité des circuits ne favorise l’introduction de gomme liée au conflit dans les chaînes d’approvisionnement de grandes marques telles que L’Oréal et Nestlé. Le 17 octobre, un jury fédéral a déclaré que les services financiers apportés par BNP Paribas au régime d’Omar el-Béchir au début des années 2000 constituaient une « cause naturelle et adéquate » du préjudice subi par les survivants du nettoyage ethnique et des violences de masse. Il a condamné BNPP à verser un montant global de près de 21 millions de dollars de dommages et intérêts à trois réfugiés soudanais.

À l’approche des élections législatives organisées par la junte militaire birmane, cette dernière a sévèrement renforcé la répression. En l’absence du principal parti d’opposition (LND, Ligue nationale pour la démocratie), dont les principaux leaders croupissent en prison, le parti allié de la junte (USPD, Parti de l’union, de la solidarité et du développement) semble avoir remporté une écrasante victoire lors de la première phase qui s’est achevée fin 2025. Les entreprises qui interviennent, directement ou indirectement, dans ce pays sont toujours scrutées de près. Ainsi, des associations ont demandé à la société Airbus d’inciter une société chinoise (AviChina), dont elle était actionnaire de référence, à rompre ses liens avec l’armée birmane accusée de bombarder les populations civiles des régions rebelles.

Le projet géant de TotalEnergies au Mozambique (Mozambique LNG) a mis en lumière le conflit meurtrier qui oppose l’armée mozambicaine à Al-Shabab, un groupe affilié à l’État islamique. Des ONG mènent des actions juridiques contre le groupe pétrolier. Le 17 novembre 2025, le Centre européen pour les droits constitutionnels et humains (ECCHR) a déposé une plainte pénale auprès du Parquet national antiterroriste français (PNAT) contre TotalEnergies pour complicité de crimes de guerre, de torture et de disparition forcée, pour avoir directement financé une unité militaire mozambicaine (la JTF) et lui avoir apporté un soutien matériel. D’après des documents internes versés au dossier par ECCHR, la société pétrogazière « savait que les forces armées mozambicaines étaient accusées de violations systématiques des droits humains ».

Les associations font aussi pression pour assécher les financements destinés au projet. À la suite des exactions présumées des forces de sécurité sur les populations, deux agences de crédit à l’exportation, une néerlandaise et une britannique, ont annoncé le 1er décembre qu’elles ne soutenaient plus le projet Mozambique LNG. Parmi les autres prêteurs, on note l’agence de crédit aux exportations étatsunienne Exim. En mars 2025, elle aurait donné son accord pour un prêt de 4,7 milliards de dollars afin de financer Mozambique LNG. Le 14 juillet 2025, les associations Les Amis de la Terre États-Unis et Justiça Ambiental!/Les Amis de la Terre Mozambique, représentées par l’organisation EarthRights International, ont déposé une plainte contre Exim devant le tribunal du district de Columbia. Le 29 mai, l’association mozambicaine Justiça Ambiental! (JA!) et de jeunes militants sud-coréens pour le climat, notamment l’Action d’urgence climatique des jeunes (YCEA), ont intenté une action en justice contre la Banque d’import-export de Corée (KEXIM) et la Korea Trade Insurance Corporation (K-SURE). Cette action vise à empêcher ces institutions de prendre des décisions d’investissement définitives ou de soutenir financièrement la deuxième plate-forme flottante de gaz naturel liquéfié d’ENI dans ce pays (Coral Norte).

Actions en justice (nouveaux développements)

Le périmètre géographique des actions juridiques menées par les acteurs de la société civile à l’encontre des entreprises multinationales ne concerne pas uniquement les pays occidentaux. En Afrique du Sud, deux associations, The Green Connection et Natural Justice, ont intenté une action en justice pour contester l’autorisation de forer au large de la côte sud-ouest donnée à TotalEnergies par le ministère sud-africain des Ressources minérales et de l’Énergie. Le 13 août 2025, la Haute Cour d’Afrique du Sud (Cap-Occidental) a bloqué les projets de forage, annulé l’autorisation environnementale et sociale, et en a réclamé une nouvelle avant une éventuelle reprise des travaux d’exploration.

Le climat reste l’un des principaux angles d’action en justice, et les juridictions internationales ont apporté des arguments aux défenseurs du climat dans leurs actions. Le 23 juillet, la Cour internationale de justice (CIJ) a adopté un avis selon lequel les États qui violent leurs obligations climatiques commettent un acte « illicite » au regard du droit international. Quelques jours auparavant, le 3 juillet, la Cour interaméricaine des droits de l’homme (CIDH) avait notifié son avis consultatif n° 32 qui précisait que les États avaient l’obligation légale de protéger les populations d’aujourd’hui et les générations futures des conséquences du dérèglement climatique. La Cour africaine des droits de l’homme et des peuples a entamé une procédure similaire.

Le 23 octobre, au Royaume-Uni, 67 citoyens philippins ayant subi des pertes et des dommages lors du passage du typhon Rai/Odette ont lancé une action en justice contre la compagnie pétrolière Shell, qui a rejeté plus de 41milliards de tonnes de GES en équivalent de CO2 depuis la fin du XIXesiècle. Le 28 octobre, en Allemagne, ce sont 43 agriculteurs de la région du Sindh au Pakistan qui ont intenté un procès contre le groupe énergétique RWE et le cimentier Heidelberg Materials, deux des plus importants émetteurs de CO2 Des lettres ont été adressées aux deux firmes allemandes pour exiger des compensations financières. Aux États-Unis, plusieurs États démocrates (Californie, Connecticut, Minnesota, New Jersey, Rhode Island) ont engagé des actions juridiques contre des sociétés pétrolières en les accusant d’avoir trompé le public sur le rôle joué par les combustibles fossiles dans le changement climatique.

Les agences de communication font aussi l’objet de plaintes. Le réseau Adfree Cities et le groupe de réflexion New Weather Institute ont déposé le 10 février 2025 un recours auprès du point de contact national de l’OCDE au Royaume-Uni contre le numéro 2 mondial de la publicité, WPP. Selon eux, les relations commerciales établies entre WPP, d’une part, et des sociétés pétrolières, des constructeurs automobiles, des compagnies aériennes et des fabricants de plastiques, d’autre part, rendent l’entreprise responsable de la pollution et des violations des droits humains. Le 24 avril, le Washington Post a indiqué que 106 travailleurs migrants avaient introduit un recours contre les géants de la communication Omnicom et Ogilvy Public Relations, ainsi que plusieurs de leurs filiales, devant le tribunal du district sud de New York. Ils reprochent aux compagnies d’avoir, avant la Coupe du monde de 2022, déformé la réalité sur les conditions de vie et de travail au Qatar. De fait, ils accusent les agences d’avoir favorisé un trafic d’êtres humains qui a amené ces derniers dans ce pays afin de construire les stades.

Les associations s’appuient sur les lois nationales portant sur le devoir de vigilance pour mener des actions contre les grands groupes internationaux. Les associations BLOOM et Foodwatch ont annoncé le 17 mars qu’elles avaient assigné Carrefour en justice pour manquement à son devoir de vigilance sur les questions sociales (droits humains et sociaux fondamentaux dans la chaîne d’approvisionnement…), environnementales (techniques de pêche, stocks surpêchés…) et de santé (contamination au mercure) dans sa filière thonière. En Allemagne, le 30 octobre, plusieurs associations ont déclaré avoir porté plainte auprès de l’Office fédéral allemand de l’économie et du contrôle des exportations (Bundesamt für Wirtschaft und Ausfuhrkontrolle, BAFA) contre les géants du café Nestlé, Starbucks, Dallmayr et Neumann Kaffee Gruppe pour violation des droits humains.

De nouveaux angles d’action juridique apparaissent, et ils pourraient avoir des conséquences considérables sur l’avenir de certaines grandes entreprises. Ainsi, agissant au nom de l’État de Californie, le procureur de la ville de San Francisco, David Chiu, a déposé le 2 décembre la première plainte dans le pays émanant d’une collectivité contre des fabricants de produits alimentaires au sujet des aliments ultratransformés. Il affirme que les gouvernements locaux supportent le coût du traitement des maladies découlant de la consommation des produits de ces entreprises.

Assurabilité et climat, un sujet qui devient très préoccupant

La problématique climatique a gagné de plain-pied le secteur de l’assurance. Trois chercheurs de l’université de Mannheim et de la Banque centrale européenne ont publié une étude le 14 septembre dans laquelle ils montrent que les vagues de chaleur, les sécheresses et les inondations ont occasionné des pertes estimées à 43 milliards d’euros au sein de l’Union européenne pour la seule année 2025. Mais, dans ce contexte, les réassureurs ne semblent pas jouer le jeu. S&P Global Ratings indique qu’au cours des cinq dernières années, les 19 principaux réassureurs mondiaux ont réduit de plus de moitié leur exposition aux pertes assurées liées aux catastrophes.

Les organisations du réseau Insure Our Future ont dressé un panorama de la position des assureurs européens et nord-américains quant aux combustibles fossiles. Elles constatent que la SCOR reconnaît les effets négatifs des nouveaux projets de GNL, mais que l’entreprise n’envisage pas d’adopter de politique spécifique en raison du contexte politique aux États-Unis. En ce qui concerne AXA, elle considère toujours le GNL comme une source d’énergie de transition. En Allemagne, Allianz et Munich Re estiment que le GNL est une source de sécurité énergétique et de transition vers les énergies renouvelables. En Suisse, Zurich préfère adopter une approche de dialogue avec les firmes du secteur des combustibles fossiles, et ce, bien que ces dernières ne cessent d’augmenter leur production. Swiss Re, quant à elle, continue de s’appuyer sur des éléments de la feuille de route de l’Agence internationale de l’énergie (AIE), qui attribue un rôle transitoire au gaz. Les assureurs étatsuniens demeurent les plus en retard en matière de politiques climatiques.

À cause des catastrophes climatiques, les tarifs explosent, et certains biens ne trouvent plus de compagnies acceptant de les assurer. Aux États-Unis, entre 2023 et 2024, les primes ont grimpé de 23 % en moyenne. Mais des réactions émergent. Dans sa campagne annuelle de questions écrites aux sociétés du CAC 40, le Forum pour l’investissement responsable (FIR) a interpellé AXA sur ce sujet. Le 25 novembre, deux propriétaires de l’État de Washington aux États-Unis ont saisi la justice contre plusieurs grandes compagnies pétrolières et gazières (BP, Chevron, ConocoPhillips, ExxonMobil, Shell…) qu’elles tiennent pour responsables de la flambée des coûts des assurances. Ils ont intenté cette action collective au nom de tous les propriétaires ayant souscrit une assurance après 2017, tant dans cet État que dans l’ensemble du pays. Ils estiment que ces entreprises ont désinformé le public en niant pendant des décennies le lien entre les énergies fossiles et le changement climatique, et, plus récemment, en présentant de manière trompeuse l’industrie pétrolière comme une solution climatique.