Les rejets de méthane dans l’atmosphère augmentent. Les volumes déclarés par l’un des plus gros émetteurs (le Texas) semblent très sous-estimés

Le méthane séjourne moins longtemps dans l’atmosphère que le dioxyde de carbone, mais son pouvoir de réchauffement global (PRG) est bien plus élevé. Par ailleurs, les rejets de CH4 dans l’atmosphère se sont fortement accélérés ces dernières années. De plus, le volume de ces émissions a l’air d’être particulièrement sous-estimé. C’est le deuxième gaz à effet de serre le plus important après le CO2. Les sources d’émission les plus conséquentes sont les zones humides et les milieux aquatiques (y compris les réservoirs de barrage), l’agriculture, les déchets, mais aussi le transport, l’extraction et l’utilisation de combustibles fossiles.

Le 16 mars 2026, le Rocky Mountain Institute (RMI) a publié une analyse des pertes de méthane au Texas. Cet État produit plus de 40 % du pétrole brut et près de 30 % du gaz des États-Unis (premier producteur mondial d’hydrocarbures), notamment dans le bassin permien. L’étude conclut qu’en 2024, le gaz rejeté dans l’atmosphère ou brûlé au niveau des puits (torchage) pourrait atteindre 551 milliards de pieds cubes au lieu des 120 milliards déclarés par les exploitants. La différence s’expliquerait principalement par une sous-déclaration des émissions de gaz d’échappement plutôt que par une sous-déclaration du torchage.

C’est la Railroad Commission of Texas (RRC) qui réglemente l’industrie énergétique de l’État. L’évacuation atmosphérique y est la plupart du temps autorisée. Lorsque l’exploitant doit déclarer les volumes relâchés dans l’air, il lui suffit le plus souvent de fournir une simple estimation. De plus, l’expérience et les observations du RMI montrent que la RRC n’applique pas rigoureusement les obligations de déclaration et ne semble pas vérifier la validité des volumes de gaz déclarés. Ainsi, plus d’un tiers des puits de pétrole texans déclarent une production d’huile sans production ni évacuation de gaz associé, ce qui est matériellement impossible.

L’étude du RMI ne prend en considération que les émissions liées aux opérations de production, et ne tient pas compte des émissions fugitives dégagées à petite échelle lors des opérations de production. Elle n’évalue pas non plus les rejets qui ont lieu pendant le transport (terrestre et maritime), ceux qui se produisent dans les usines de traitement du gaz, dans la pétrochimie et dans le raffinage. Les auteurs pensent aussi qu’il est peu probable que cette situation soit propre au Texas.

Sur le même sujet, Sheldon Whitehouse (sénateur démocrate du Rhode Island) a annoncé le 18 mars avoir lancé une enquête sur l’écart entre les émissions de méthane déclarées dans le bassin permien et celles résultant des observations par le satellite MethaneSAT. MethaneSAT est un satellite de détection du méthane lancé en 2024 par l’ONG Environmental Defense Fund, l’université Harvard et d’autres partenaires. Ses observations publiées début février ont révélé que les émissions de méthane provenant des installations de production de pétrole et de gaz du bassin permien, entre mai 2024 et juin 2025, étaient quatre fois supérieures aux estimations officielles de l’Agence étatsunienne de protection de l’environnement (EPA).