Un rapport souligne les lacunes du conseil d’administration de Hyundai Motor en matière de gouvernance climatique

Les investisseurs sont de plus en plus intéressés par un profilage précis des administrateurs des grands groupes cotés concernant les questions climatiques et de durabilité. Ils réclament des éléments tangibles sur ces questions, un peu comme dans le curriculum vitae d’un candidat postulant à un poste portant sur ce type de profil dans une entreprise. On retrouve cette préoccupation dans l’une des questions posées par le Forum pour l’investissement responsable (FIR) lors de sa campagne de questions écrites de 2025 aux entreprises du CAC 40. La marge de progrès est consistante : « les entreprises sont ainsi encouragées à aller au-delà des déclarations générales pour fournir des justifications plus détaillées, nominatives et explicites de la nature et de l’acquisition de ces compétences [en durabilité] ».

On retrouve cette attente dans d’autres pays, y compris en Corée du Sud, où l’engagement des parties prenantes en matière d’ESG est pourtant encore modeste. De cette manière, la coalition Solutions for Our Climate (SFOC) a publié un rapport intitulé Empty Seats at the Climate Table en amont de l’assemblée générale de Hyundai Motor qui se déroulera le 26 mars 2026. Le document examine si les risques liés à la transition climatique font l’objet d’un contrôle suffisant à l’échelle du conseil d’administration du groupe.

Hyundai Motor s’est engagée à atteindre la neutralité carbone d’ici 2045. Cependant, SFOC souligne que son principal partenaire, Hyundai Steel, s’est fixé un objectif de neutralité carbone pour 2050. Compte tenu du rôle central de l’acier dans la fabrication automobile et de sa contribution aux émissions de scope 3, les différences de calendrier de décarbonation pourraient engendrer des difficultés d’alignement stratégique et de coûts à long terme, selon l’association. Ce décalage temporel ne constitue pas un risque opérationnel immédiat, mais est un problème de gouvernance nécessitant une coordination forte au niveau du conseil d’administration. Ce risque résulte notamment de l’accélération des pressions réglementaires et de marché (mécanisme d’ajustement carbone aux frontières de l’Union européenne à venir pour certains produits de l’aval, électrification du parc automobile mondial…), et de la complexité des organigrammes des grands conglomérats sud-coréens (chaebols). Dans ce contexte, la coordination des échéanciers de transition et des décisions d’allocation de capital nécessite une supervision claire et cohérente au niveau du conseil d’administration.

Or, l’analyse révèle que Hyundai ne satisfait que deux des six indicateurs de gouvernance climatique utilisés par Climate Action 100+. Cette initiative conduite par des investisseurs évalue la préparation des entreprises à la transition vers une économie bas-carbone. L’évaluation porte sur la responsabilité du conseil d’administration, sur les mécanismes de contrôle et sur l’intégration des enjeux climatiques dans la stratégie d’entreprise. Aucune information publique ne confirme l’existence d’administrateur indépendant possédant une expérience clairement identifiée en matière de climat ou de transition. Le rapport de SFOC indique aussi que les documents disponibles ne permettent pas de démontrer que la stratégie climatique et les risques liés à la transition sont traités comme des points récurrents et spécifiques à l’ordre du jour du conseil d’administration ou du comité de développement durable.