Les importations de granulés de bois de Malaisie sont dans le collimateur des associations environnementales

Le 26 juin 2025, deux associations, Biofuelwatch et Comité Schone Lucht, ont déposé une plainte contre la société RWE auprès de l’autorité néerlandaise chargée de la mise en œuvre et du contrôle des instruments de marché contribuant à une société climatiquement neutre (Autorité néerlandaise des émissions). L’énergéticien allemand prétend qu’il brûle chaque année dans ses centrales électriques néerlandaises des dizaines de milliers de tonnes de granulés de bois en provenance de Malaisie, censés provenir exclusivement de déchets de scieries (biomasse de catégorie 5). En conséquence, ce combustible peut être qualifié de durable, selon les normes de certification de l’Union européenne. La société a donc bénéficié d’importantes subventions de la part des Pays-Bas dans le cadre du dispositif SDE++ (Subsidie Duurzame Energie).

Mais les deux associations affirment que cette allégation est fausse et que les subventions (estimées à 2,4 milliards d’euros jusqu’en 2027) ont été indûment perçues. Les fournisseurs malaisiens de RWE ont certes été certifiés SDE++ sur la base du Sustainable Biomass Program (SBP), mais ils n’auraient fait l’objet d’aucun audit de contrôle et produiraient en réalité leurs granulés à partir d’arbres entiers prélevés dans la forêt, contribuant ainsi à la déforestation du pays. L’Autorité néerlandaise des émissions a enquêté, mais a estimé que RWE répondait aux exigences de certification néerlandaises et qu’il n’était pas justifié d’appliquer un dispositif de certification plus rigoureux. En janvier 2026, les deux ONG ont interjeté appel devant le tribunal de district de La Haye. Encouragé par l’agence nationale de police environnementale, le Comité Schone Lucht a également porté plainte contre RWE auprès des autorités judiciaires néerlandaises. Les accusations portent à la fois sur les processus de certification des granulés, sur le respect des droits humains liés à la déforestation, sur d’éventuels faux documents et sur des fraudes relatives aux subventions perçues par RWE. Plusieurs articles locaux du 13 mars 2026 indiquent que le parquet néerlandais devrait décider d’ici la fin mars s’il y a lieu ou non de poursuivre l’enquête.

Cette affaire est très sensible et revêt une dimension politique, car la combustion du bois représente 60 % de l’énergie renouvelable sur le territoire de l’UE. De nombreuses organisations environnementales soutiennent que la combustion du bois génère davantage d’émissions de carbone par unité d’énergie que celle du charbon. Même dans l’hypothèse, peu probable, où suffisamment d’arbres seraient replantés et conservés jusqu’à leur maturité, il faudrait un siècle pour qu’ils absorbent le carbone libéré lors de leur combustion. En conséquence, les ONG estiment que les subventions sont versées à mauvais escient. Par ailleurs, des analyses réalisées par la Dogwood Alliance et la SFOC remettent en cause les processus de certification européens en soulignant qu’ils reposent généralement sur une modélisation informatique, et rarement sur des observations directes en forêt ou en usine. Par conséquent, ce sont les entreprises importatrices qui s’autocertifient.