L’association néerlandaise SOMO a publié le 31 mars 2026 une étude sur les conditions de travail des centaines de milliers de personnes qui, à travers le monde, participent au bon fonctionnement des applications d’IA. Le secteur manque de transparence, ce qui rend presque impossible l’évaluation des conditions de travail. Pour pallier cette difficulté, l’association s’est appuyée sur une large gamme d’informations publiques (articles de presse, communiqués syndicaux, publications d’entreprises, etc.).
Les travailleurs qui interviennent dans ces activités sont en grande partie employés dans les pays du Sud où les salaires sont généralement plus bas et leur protection plus faible. Ils étiquettent, annotent, nettoient les données utilisées pour entraîner et perfectionner les modèles d’IA (chatbots, voitures autonomes, objets connectés, etc.). Ils testent aussi les systèmes d’IA après leur déploiement. Cette sous-traitance est en plein essor. La société Global Insight Services (GIS) estime qu’elle devrait générer 10,2 milliards de dollars de chiffre d’affaires d’ici 2034. Le marché est également très fragmenté. Le rapport indique qu’Amazon, Google, Meta, Microsoft et NVIDIA font appel conjointement à au moins 30 sociétés pour le traitement des données.
Plusieurs de ces prestataires sont accusés de ne pas garantir des conditions de travail sûres, de verser des salaires inférieurs au salaire minimum légal (lui-même inférieur à une rémunération décente), de ne fournir aucune protection sociale, de licencier des travailleurs de manière abusive, d’empêcher l’organisation collective… SOMO estime que les géants de la tech, qui figurent parmi les firmes les plus rentables au monde, ont une grande responsabilité dans cette situation en exerçant une pression sur les prix, des délais très courts et des ruptures de contrats de sous-traitance brutales. Ces ruptures sont d’autant plus dommageables que les fournisseurs sont souvent très dépendants d’un seul client.
Les donneurs d’ordres disent avoir pris des mesures. Google, par exemple, a adopté des lignes directrices pour un approvisionnement éthique en matière de données. De son côté, Microsoft a réalisé une évaluation d’impact sur les droits humains. Mais ces mesures sont insuffisantes. SOMO constate que seulement deux fournisseurs garantissent le versement du salaire minimum, aucun ne paye un salaire décent, et un seul protège la liberté d’association des travailleurs. De plus, leur efficacité est invérifiable compte tenu de leur manque de transparence.
