Le nombre de migrants hors de leur pays d’origine ne cesse d’augmenter dans le monde. Dans son dernier document Key facts and figures (janvier 2025), le Department of Economic and Social Affairs (DESA) des Nations unies estime qu’ils sont 304 millions, soit 3,7 % de la population mondiale. Fuyant les persécutions, la pauvreté, les conflits, bon nombre d’entre eux sont dans une situation de grande précarité, et, de fait, sont exposés à de multiples formes d’exploitation pour survivre. La pêche fait partie des secteurs fortement touchés.
Le 27 janvier 2026, la revue Maritime Studies a analysé les circonstances de décès ou de disparition de 55 pêcheurs indonésiens à bord de navires de pêche hauturière appartenant à des Chinois, des Taïwanais et des Sud-Coréens, ou opérant sous pavillon de ces pays. L’étude conclut que ces décès ne sont pas des cas isolés, mais résultent de conditions systémiques. Les capitaines de navire disposent des chances de survie des membres d’équipage en décidant quels malades doivent recevoir des soins médicaux, en fixant la manière dont la nourriture et l’eau sont distribuées, en infligeant des sévices et en imposant des horaires de travail pouvant aller jusqu’à un épuisement létal. Selon les chercheurs, la simple application des règles existantes ne peut suffire à prévenir la mort de pêcheurs migrants, qui sont considérés comme jetables. Pour Alfred « Bubba » Cook de l’association Sharks Pacific, une forte sensibilisation du public ainsi qu’une pression du marché seront probablement nécessaires pour provoquer un changement significatif.
Dans cet esprit, le 18 février 2026, l’association ETI (Ethical Trading Initiative) a attiré l’attention sur les conditions de travail dans les élevages de crevettes, l’un des produits de la mer les plus commercialisés au monde. Les crustacés sont notamment nourris avec de la farine de poisson bon marché et sont donc concernés par les exactions exercées sur les pêcheurs migrants. Mais la situation sur les sites de production n’est guère plus enviable. ETI constate que, là aussi, les risques en matière de violation des droits humains sont systémiques. Dans les écloseries, les ouvriers peuvent être logés sur place, disponibles 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7, et percevoir un salaire inférieur au minimum légal. Dans la transformation, les travailleurs signalent des objectifs de production élevés, des environnements de travail froids, une liberté de mouvement restreinte et un recours fréquent à la main-d’œuvre temporaire ou sous-traitante.
En dépit de la multiplication des audits et des certifications, les problèmes persistent. Les certificats sont davantage devenus un sésame pour accéder au marché qu’une garantie de bonne pratique. L’une des explications résulte du fait que les méthodologies prennent rarement en compte les pressions commerciales qui influencent les conditions de travail au quotidien. Les prix à l’importation payés aux producteurs ont ainsi fortement chuté. Les volumes de commandes, les prévisions, les délais de livraison et la flexibilité sont également déterminants en aquaculture.
Malgré la conjoncture, ETI estime que les entreprises qui agissent de manière proactive et collaborative seront mieux placées pour gérer les risques juridiques, financiers et de réputation dans les années à venir. L’association pense aussi que les donneurs d’ordres doivent : mieux partager la valeur avec les fournisseurs qui investissent dans des conditions de travail décentes ; établir des relations à plus long terme ; améliorer les prévisions et la planification ; proposer des mesures incitatives récompensant les fournisseurs qui vont au-delà des exigences de conformité minimales ; et garantir la liberté d’expression aux travailleurs, notamment à travers la liberté d’association et de représentation collective.
