Cela fait des décennies que les grandes compagnies pétrolières promettent de mettre un terme aux émissions de méthane dues à leurs opérations de brûlage (torchage) liées à la production de pétrole. Mais malgré les promesses, le volume de gaz brûlé à la torche se maintient à un niveau élevé dans le monde. Il augmente même pour la troisième année consécutive et aurait atteint 167 milliards de m3 en 2025, selon le « Global Gas Flaring Tracker Report 2025 » publié le 23 juin 2026 par la Banque mondiale. Cela correspond presque à la consommation annuelle totale de gaz de l’Afrique. Outre le gaspillage que ces opérations constituent, le torchage émet dans l’atmosphère des quantités considérables de CO2 ainsi que des volumes de CH4 non négligeables.
Parallèlement, le 25 juin, le média Politico a publié un article selon lequel douze pays membres de l’Union européenne seraient désormais favorables à une révision du règlement européen sur le méthane et à un report de sa date de mise en application. Ce texte est censé obliger les entreprises à surveiller, déclarer et vérifier leurs émissions de méthane à partir de janvier 2027. Cette surveillance doit permettre, à terme, de réduire les rejets de ce gaz dans l’atmosphère à cause des fuites, ou de pratiques comme l’éventage ou le torchage lors des processus de production et d’extraction. Le média affirme que ces pays reprennent à leur compte les arguments « du secteur des combustibles fossiles et de l’administration Trump selon [lesquels] ces règles mettront en péril l’approvisionnement énergétique de l’UE ».
Un rapport rédigé par le cabinet de conseil Wood Mackenzie et commandé par l’Association internationale des producteurs de pétrole et de gaz souligne en effet qu’en janvier 2027, jusqu’à 87 % des importations européennes de pétrole brut et 43 % de ses importations de gaz naturel pourraient être non conformes si le règlement était appliqué en l’état. Compte tenu de l’insécurité juridique créée par les imprécisions qu’il contient et de l’importance des amendes qu’il prévoit (jusqu’à 20 % du chiffre d’affaires annuel), de nombreux fournisseurs d’énergie pourraient choisir d’autres destinations géographiques.
Des analyses contradictoires montrent que cette démonstration ne tient pas la route. D’autres pensent que rouvrir le dossier générerait des délais incontrôlables. Le commissaire européen à l’énergie, Dan Jørgensen, a fermement rejeté les appels à relancer les discussions. Il est cependant clairement sous pression, y compris de la part de pays producteurs comme l’Algérie, le Nigeria, le Qatar ou les États-Unis.
