La neuvième édition du sommet Choose France s’est tenue le 1er juin 2026. Un montant de 93 milliards d’euros d’investissements étrangers sur le territoire français a été annoncé. À cette occasion, le groupe japonais SoftBank a confirmé un engagement de 75 milliards d’euros. Une première tranche de 45 milliards sera destinée à trois centres de données d’une capacité de 3,1 GW dans les Hauts-de-France. Le chantier devrait créer 8 600 emplois, et l’exploitation, en occuper 900 autres. Cela illustre parfaitement l’actuelle course aux centres de données à travers le monde pour répondre à l’essor de l’intelligence artificielle.
Mais cet engouement génère aussi son cortège de mouvements de contestations. Le 5 juin 2026, l’Institut de l’université des Nations unies pour l’eau, l’environnement et la santé (UNU-INWEH) a d’ailleurs publié un rapport intitulé Coût environnemental de la consommation énergétique de l’IA : empreintes carbone, hydrique et foncière. Selon le document, l’impact environnemental de l’IA doit être appréhendé dans une perspective globale incluant les émissions de carbone, la consommation d’eau, l’occupation des sols et l’extraction des ressources.
D’après le rapport, les centres de données ont consommé près de 448 térawattheures (TWh) d’électricité en 2025 (autant que la consommation en France). D’ici 2030, ce chiffre pourrait atteindre 945 TWh. La part de l’IA dans la demande d’électricité des centres de données pourrait passer d’environ 20 % aujourd’hui à 40 % d’ici 2030. Cela pourrait générer jusqu’à 399 Mt d’équivalent de dioxyde de carbone par an d’ici 2030, soit à peu près l’équivalent des émissions annuelles du Royaume-Uni.
Les chercheurs de l’UNU estiment aussi que d’ici 2030, les infrastructures liées à l’IA pourraient nécessiter 9 300 milliards de litres d’eau par an, principalement pour le refroidissement des centres de données et la production d’électricité. Ce volume équivaut approximativement aux besoins annuels en eau potable de 1,3 milliard de personnes en Afrique subsaharienne. Le rapport considère également que d’ici 2030, l’infrastructure de l’IA et les systèmes énergétiques nécessaires à son fonctionnement pourraient occuper plus de 14 500 kilomètres carrés de terres, soit une superficie 20 % supérieure à celle de l’Île-de-France.
C’est pourquoi l’Union européenne doit veiller à ce que les entreprises technologiques divulguent l’empreinte écologique de leurs centres de données, a récemment déclaré Leena Ylä-Mononen, la directrice de l’Agence européenne pour l’environnement. Pour l’heure, seulement 36 % des data centers tenus de divulguer leur efficacité énergétique l’ont fait, selon un document de la Commission révélé par le groupe de presse Politico. Cette frilosité a été confirmée par les entreprises clientes des fournisseurs de solutions d’IA lors de la campagne de questions écrites du Forum pour l’investissement responsable (FIR) aux sociétés du CAC 40. De son côté, le 17 avril dernier, le média Investigate Europe a dévoilé qu’à la suite de la pression des géants technologiques étatsuniens, la Commission avait intégré une clause de confidentialité dans le projet de règlement délégué 2024/1364 (mars 2024) sur la mise en place d’un système de notation commun à l’Union pour les centres de données, permettant à ces derniers de dissimuler leur consommation énergétique.
Quoi qu’il en soit, même si le mouvement est trop lent, les législateurs tentent de garder la main. La Commission européenne travaille à une législation visant à réglementer la consommation énergétique des centres de données et à encourager de meilleures performances. Quant au Parlement de l’État de New York, il a adopté, le 4 juin 2026, un moratoire d’un an sur les permis accordés aux centres de données (loi S10642). La loi exigerait également la tenue d’une consultation publique locale avant la construction de ces installations, de même qu’une étude de l’impact environnemental à l’échelle de l’État dans un délai d’un an et demi après son entrée en vigueur. L’État de New York deviendrait ainsi le premier du pays à instaurer un tel moratoire. À condition que la gouverneure Kathy Hochul promulgue la loi. Mais cette dernière est candidate à sa réélection en fin d’année, et elle est sensible aux promesses d’emplois formulées par les constructeurs de centres de données. Elle estime donc que cette décision devrait être laissée à la discrétion des municipalités.
