La transition de l’économie mondiale des énergies fossiles vers des sources renouvelables et non émettrices de gaz à effet de serre est très lente, beaucoup trop lente. Les investissements dans les infrastructures destinées aux énergies propres n’en demeurent pas moins conséquents et ne sont pas sans poser des difficultés, notamment en ce qui concerne les droits fonciers.
En Colombie, la communauté Wayúu, le plus important groupe autochtone du pays, est inquiète du développement des énergies renouvelables sur son territoire (La Guajira). La Guajira est balayée par des vents parmi les plus violents des Caraïbes. De fait, la zone a attiré des dizaines de projets de parcs éoliens. Mais les dirigeants du peuple Wayúu estiment que la transition énergétique reproduit aujourd’hui un schéma ancien, emprunté à l’industrie charbonnière fortement enracinée dans la région. Il privilégie les priorités nationales et corporatives au détriment du consentement et du contrôle des populations sur leurs terres et sur leurs ressources en eau. Le projet de parc éolien Windpeshi (41 turbines) est donc régulièrement interrompu par des manifestations au point d’interroger sur sa viabilité.
Aux Philippines, le parc éolien offshore de Northern Luzon, baptisé BuhaWind Energy, mené conjointement par l’entreprise philippine PetroGreen Energy et la société danoise Copenhagen Energy, suscite l’inquiétude des milliers de petits pêcheurs de Pasuquin et de sa région. Ils perçoivent ce projet comme une menace pour leurs moyens de subsistance. Un peu plus au nord, ce sont les membres de la tribu Masamuyao Isneg Yapayao qui pleurent la perte de leurs terres. Les collines avoisinantes vont accueillir une centrale solaire de plus de 200 hectares, et ce, sans le consentement de la tribu. Pourtant, avant le début des travaux, la Commission nationale des peuples autochtones (NCIP) avait déclaré que l’installation n’empiéterait pas sur le domaine ancestral. Cependant, elle a par la suite reconnu un chevauchement avec les terres des Masamuyao et a informé l’entreprise qu’elle devrait obtenir l’accord de la tribu. Mais plusieurs panneaux solaires avaient déjà été installés.
L’Inde est le théâtre de nombreuses actions en justice pour préserver les sites sacrés et/ou environnementaux. Le 24 avril 2026, la Haute Cour du Rajasthan a, par exemple, temporairement suspendu l’abattage d’arbres pour un projet d’énergie solaire de 1 860 hectares proposé par une filiale du groupe Adani (bien connu, par ailleurs, pour ses projets charbonniers controversés) dans le village de Baiya (district de Jaisalmer). Il a ordonné qu’aucun arbre ne soit coupé avant la réception d’un rapport établi par un comité d’experts qu’il a constitué. L’avocat de l’entreprise a affirmé respecter toutes les conditions requises en matière de reboisement et de protection de l’environnement. Mais la Haute Cour a fait référence à un arrêt de la Cour suprême qui ordonne la protection des bosquets sacrés et des zones environnementales. Elle a aussi souligné que la présence d’un grand nombre d’arbres dans une région aride comme Jaisalmer était inhabituelle et essentielle au maintien de l’équilibre environnemental.
Par un jugement du 28 avril, la même juridiction a autorisé, cette fois, la reprise des travaux d’un autre projet solaire de 100 MW, situé près du lac Sambhar, le plus grand lac salé intérieur d’Inde et refuge pour les flamants roses, à la suite d’une plainte déposée par des résidents locaux et par la fondation Prakriti Sarthi. Les sociétés défenderesses ont précisé que le site se trouvait en « zone blanche » et ne nécessitait donc aucune autorisation environnementale préalable. En conséquence, le tribunal a accepté la reprise du projet, mais en soulignant que les travaux d’aménagement et la préservation de l’environnement devaient être menés de front, et en l’assortissant de conditions environnementales précises à respecter.
