L’identité des utilisateurs de produits et services dans le secteur de la surveillance est un sujet ESG majeur. Capgemini l’ignorait-elle ?

Le meurtre de Renee Good le 7 janvier 2026 à Minneapolis (Minnesota), puis d’Alex Pretti dans la même ville le 24 janvier, par des agents fédéraux du service de l’immigration et des douanes des États-Unis (United States Immigration and Customs Enforcement, ICE) a scandalisé l’opinion mondiale. Les méthodes brutales de l’agence sont condamnées, y compris par une partie des électeurs de Donald Trump. C’est dans ce contexte que la presse française a révélé qu’une filiale étatsunienne de Capgemini (Capgemini Government Solutions) avait répondu en novembre dernier à un nouvel appel d’offres de l’ICE pour identifier et localiser des étrangers (skip-tracing).

L’émotion a été immédiate, y compris au sein du gouvernement français. Aux questions d’actualité du Sénat, le ministre délégué à l’Industrie, Sébastien Martin, a invité Capgemini « à faire toute la clarté sur ses activités avec les autorités de sécurité américaine, à réinterroger le champ de ses activités dans ce domaine ». Le groupe a réagi en affirmant ignorer le détail des contrats conclus par sa filiale avec l’ICE, mais s’est engagé à les regarder de plus près.

Puis, devant la levée de boucliers, y compris dans les rangs de ses salariés, l’entreprise a annoncé le dimanche 1er février 2026 qu’un processus de cession de cette entité serait initié « immédiatement ». Dans son communiqué, la société précise « que les contraintes légales habituelles imposées aux États-Unis pour contracter avec des entités fédérales menant des activités classifiées ne [permettent] pas au Groupe d’exercer un contrôle approprié sur certains aspects des opérations de cette filiale, afin d’assurer un alignement avec les objectifs du Groupe ».

Toutefois, le mal est fait, et la réputation de la multinationale française, construite minutieusement depuis des décennies, est sérieusement et probablement durablement entachée. Il n’est pas exclu qu’elle fasse l’objet d’initiatives dans les mois à venir au regard de son plan de vigilance et, à tout le moins, d’une surveillance accrue de la part de ses parties prenantes dans un contexte où le développement rapide de l’intelligence artificielle est susceptible de susciter des craintes supplémentaires quant aux conséquences sociétales de ses activités. La réponse apportée sur ce sujet par Capgemini à la question écrite que lui a posée le Forum pour l’investissement responsable (FIR) lors de la dernière assemblée générale de la société a d’ailleurs été particulièrement décevante.