Les peuples autochtones vivent habituellement sur de larges étendues de terres dont l’intégrité a été, pour l’essentiel, préservée. Ils peuvent aussi parfois dépendre de grands espaces maritimes. Ces territoires ancestraux, la plupart du temps mal protégés par les législations locales, sont souvent convoités pour leurs richesses naturelles (minerais, hydrocarbures, bois, poissons, etc.). Mais d’autres menaces guettent ces terres, paradoxalement lorsqu’il s’agit de les préserver. Celles-ci peuvent, en effet, générer des activités plus lucratives que le simple fait de protéger les modes de vie traditionnels des communautés locales. C’est le cas du tourisme et de la compensation carbone, ou de ces deux activités combinées.
Le 29 juillet 2025, Avocats sans frontières (ASF) et la Fédération internationale pour les droits humains (FIDH) ont publié un rapport sur le Northern Kenya Rangelands Carbon Project au Kenya. Il s’agit du plus grand projet de compensation carbone prairial au monde. Il prévoit d’éliminer 50 millions de tonnes de CO2 en 30 ans tout en améliorant les conditions de vie des éleveurs pastoraux grâce à une meilleure organisation de leurs parcours de pâturage, aux crédits carbone générés, au tourisme. Il est mené par Northern Rangelands Trust (NRT). Mais dans leur document, les associations dénoncent les violences et les pressions subies par les communautés locales, dont les plaintes ne sont d’ailleurs jamais traitées. En mars 2023, l’association Survival International avait publié une autre étude remettant en cause les avantages revendiqués par ce projet.
Cette course à la compensation carbone est stimulée par les besoins de grandes entreprises en quête de crédits carbone pour atteindre leurs objectifs de neutralité carbone. En Tanzanie, par exemple, le gouvernement prévoit de nombreux projets qui s’affranchissent du consentement des populations autochtones. Cependant les populations indigènes, victimes directes des violations des droits humains observées, réagissent.
En août 2024, des dizaines de milliers de Massaïs s’étaient ainsi rassemblés pour protester contre leur expulsion de leur terre d’origine, la zone de conservation naturelle de Ngorongoro. Plus récemment, le 4 juillet 2025, l’Alliance internationale de solidarité massaï (MISA) a appelé Volkswagen à se retirer d’un programme de crédits carbone controversé qui viole leurs droits : le Longido and Monduli Rangelands Carbon Project (Verra project #4924). Ce projet est mené par Volkswagen ClimatePartner (VWCP) et l’entreprise américaine de compensation carbone Soils for the Future Tanzania (SftFTZ). La MISA accuse Volkswagen de prendre le contrôle d’une grande partie des terres des populations, de menacer leurs moyens de subsistance en bouleversant les pratiques de pâturage traditionnelles et d’avoir fait des « déclarations fausses et trompeuses » sur la participation des Massaï à la prise de décision concernant le projet.
