Des civils ukrainiens, victimes d’attaques de drones, accusent une société américaine de ne pas avoir empêché la diffusion de matériel sensible vers la Russie

Les guerres modernes entre États montrent l’importance prise par les drones dans le déroulement des opérations. Leur utilisation entraîne de nombreuses victimes sur les champs de bataille, mais aussi parmi les populations civiles. Ce sont désormais des milliers de ces appareils qui sont échangés chaque mois entre la Russie et l’Ukraine. Dans l’arsenal disponible, les drones sans fil sont essentiels pour frapper en profondeur derrière les lignes ennemies. Pour cela, il est indispensable de disposer de matériel dans le domaine de l’accès à des réseaux sans fil.

Ubiquiti Inc. est une société dont le siège se trouve à San Jose en Californie. Elle conçoit et commercialise notamment des produits de communication de données sans fil. Le 11 août 2026, plusieurs civils ukrainiens et des proches de personnes tuées lors d’attaques de drones russes ont porté plainte contre la société devant le tribunal du district sud de New York. Les plaignants affirment que les ponts Wi-Fi à longue portée d’Ubiquiti sont devenus un atout majeur dans la chaîne de commandement à l’origine de la campagne de drones menée par la Russie contre les civils en Ukraine.

La plainte précise que du matériel d’Ubiquiti soumis aux restrictions à l’exportation des États-Unis vers la Russie a contourné les contrôles grâce à des clients intermédiaires. Ces dispositifs relient désormais les unités de reconnaissance russes, les opérateurs de drones, les unités de frappe et les commandements sur le champ de bataille. Les plaignants soulignent qu’Ubiquiti aurait pu rompre la chaîne d’approvisionnement grâce à la géolocalisation ou en intégrant une fonction de désactivation à distance dans son micrologiciel. Cela aurait permis d’enrayer les activités des distributeurs grâce à qui les sanctions ont pu être contournées. La firme n’a pris aucune de ces initiatives.

Cette affaire n’est pas sans rappeler celle qui a impliqué SpaceX à propos de ses terminaux Starlink lorsque les forces russes ont commencé à les utiliser, bien que l’entreprise ait, dans un premier temps, nié leur utilisation systématique. L’intervention des autorités a finalement contraint SpaceX à exiger des utilisateurs qu’ils enregistrent leurs appareils sur une « liste blanche » officielle approuvée par le gouvernement pour que leur connexion soit rétablie. La fourniture indirecte de matériel sensible permettant de contourner les sanctions est une pratique fréquente, mais difficile à repérer. En septembre 2024, une organisation (InformNapalm) a ainsi publié un rapport indiquant que des équipements militaires et des services livrés par Thales et Safran à une société kazakhe avaient bénéficié à la Russie.