La société espagnole eDreams ODIGEO SA est l’une des plus grandes agences de voyages en ligne d’Europe. Elle est cotée sur le marché boursier espagnol. Le groupe exploite des marques comme eDreams, Opodo, GO Voyages et Liligo. Le 2 septembre 2025, alors que les prises de position contre l’intervention israélienne à Gaza semblaient se durcir, le directeur financier d’eDreams ODIGEO, David Elizaga, avait déclaré que la plate-forme avait bloqué, et continuerait de le faire, les annonces de logements dans les colonies israéliennes illégales situées dans les territoires palestiniens occupés.
La société a retiré ses annonces en septembre 2025. Cependant, pour les ONG, cela ne répare pas les faits ni ne garantit qu’ils ne se répètent pas. De même, la cessation d’activités présumées criminelles n’interdit pas l’ouverture d’une enquête pénale. Or, le Code pénal espagnol, à l’article 611.5, qualifie de crimes de guerre les actes liés à la colonisation (notamment l’exploitation des terres occupées), et son article 614 punit toute personne ayant contribué à une violation du droit international humanitaire, notamment de l’article 49 de la IVe Convention de Genève. Celui-ci interdit à la puissance occupante d’établir des colonies dans les territoires qu’elle occupe. Entre septembre 2024 et octobre 2025, l’association néerlandaise SOMO et l’organisation juridique espagnole Centro Guernica G37 ont recensé de nombreuses propositions d’hébergement de la part d’eDreams en Cisjordanie, à Jérusalem et dans le Golan syrien occupés.
C’est pourquoi, le 17 février 2026, trois organisations espagnoles (NOVACT, SUDS et Comité de Solidaridad con la Causa Árabe) ont porté plainte contre la société. Elles l’accusent de blanchiment d’argent provenant d’activités menées dans des colonies israéliennes illégales dans les territoires palestiniens et dans le Golan syrien occupés. En facilitant et en monétisant le tourisme dans les colonies, et en en faisant la promotion, les plates-formes de voyages en ligne ont tiré des bénéfices des crimes de guerre et les ont intégrés dans leurs comptes. La plainte se fonde sur l’article 301 du Code pénal espagnol qui érige en infraction l’intégration dans le système financier de profits issus d’infractions, et notamment de crimes de guerre.
