Pour le Word Resources Institute, le bœuf neutre en carbone n’existe pas

Parmi les aliments riches en protéines, le bœuf fait partie de ceux qui génèrent le plus d’émissions de gaz à effet de serre (GES), d’utilisation de terres et de pollution de l’eau par unité de protéine. Aux États-Unis et en Europe, la production de viande bovine nécessite, par exemple, plus de trois fois plus de terres arables par kilogramme de protéines comestibles que la production de lait, d’œufs, de porc et de poulet, et sept fois plus que la production de légumineuses.

Le Word Resources Institute (WRI) a publié un nouveau rapport dans lequel il conclut que le bœuf « écologique » n’existe pas et que l’approvisionnement en bœuf à faibles émissions demeure inaccessible à la plupart des acheteurs aux États-Unis et en Europe. Le WRI passe en revue les différents facteurs susceptibles d’influencer les rejets de GES liés à la production de viande bovine revendiquant émettre peu de gaz à effet de serre.

Concernant la localisation des élevages bovins, le WRI fait remarquer que si certains choix peuvent apporter des avantages, ceux-ci sont limités. Certes, les ruminants peuvent paître sur des terres qui ne peuvent pas être cultivées, ou bien sur lesquelles les forêts ne peuvent pas pousser (terres trop arides, trop rocailleuses, vallonnées). Mais celles-ci ne représentent que 37 % des terres utilisées dans le monde pour le pâturage ou l’alimentation des bovins. La surface restante est bien plus intéressante, d’un point de vue climatique, pour cultiver des denrées alimentaires ou accueillir des écosystèmes naturels qui pourraient être restaurés.

Certaines méthodes d’élevage peuvent également faire baisser les émissions liées à la production de viande bovine. Cependant, une autre analyse du WRI a montré que la mise en œuvre de toutes les technologies d’atténuation novatrices existantes ne diminuerait les quantités de carbone liées au bœuf étatsunien que de 18 %.

Le WRI fait aussi le point sur le bœuf biologique. Si cette approche peut réduire l’utilisation d’antibiotiques, favoriser la santé des sols et l’amélioration de la biodiversité des exploitations, d’un point de vue climatique, elle nécessite plus de terres que l’agriculture conventionnelle. Selon le WRI, les émissions totales de carbone du bœuf biologique sont supérieures de 28 % à celles du bœuf conventionnel. L’« élevage régénératif » demande aussi plus de terres.

De plus, la traçabilité des animaux est défaillante. Ces derniers passent généralement par plusieurs exploitations au cours de leur vie. La plupart des grands fournisseurs de viande bovine ignorent où les bovins ont été élevés avant d’arriver à l’abattoir. Par ailleurs, l’organisation explique que les labels qui commencent à fleurir aux États-Unis et qui proposent un bœuf certifié « neutre en carbone » sont peu fiables. Le WRI conclut donc son analyse en disant que la réduction de la consommation de bœuf par habitant est le meilleur moyen de lutter contre le changement climatique.