Les grandes sociétés du secteur de l’élevage émettent annuellement plus de 1 milliard de tonnes de GES, autant que le Japon

L’élevage – principalement les bovins de boucherie et les vaches laitières – est responsable d’environ un tiers des émissions mondiales de méthane, un gaz à effet de serre à la courte durée de vie, mais particulièrement puissant. L’Organisation pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) estime, de son côté, que ce secteur cause 12 % des émissions mondiales de GES d’origine humaine. Certains chercheurs, comme Xiaoming Xu de l’université de l’Illinois, évaluent même cette part à plus de 19 %.

Quoi qu’il en soit, ce secteur mérite d’être scruté plus attentivement qu’il ne l’est. C’est ce que pensent quatre organisations environnementales : Greenpeace Nordic, Friends of the Earth, Foodrise et Institute for Agriculture and Trade Policy (IATP). Avec l’aide du cabinet de recherche à but non lucratif Profundo, elles ont calculé dans un rapport publié le 20 octobre 2025 les émissions de GES de 45 grandes entreprises d’élevage et de production laitière, parmi lesquelles les Françaises Bigard, Danone et Lactalis.

Pour procéder aux évaluations, l’IATP et l’organisation GRAIN ont mis au point une méthodologie qui s’appuie sur le modèle GLEAM (Global Livestock Environmental Assessment Model) développé par la FAO et sur les chiffres de potentiel de réchauffement global (PRG) du 5e rapport d’évaluation du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC).

Le rapport a déterminé que les rejets de GES de ces 45 groupes se sont élevés à plus de 1 milliard de tonnes en 2023 en équivalent CO2. Ces émissions provenaient de la fermentation entérique (42 %), de la production d’aliments pour animaux, y compris des émissions d’engrais chimiques et d’engrais à base de fumier (20 %), du stockage et de l’élimination du fumier (15 %), du changement d’affectation des terres (10 %, dont 9 % pour l’expansion des pâturages et le reste pour le soja), des émissions en aval comme la transformation et le transport (9 %), et de la consommation directe et indirecte d’énergie (4 %). Le méthane représentait 51 % des émissions de GES estimées, le dioxyde de carbone, 34 %, et le protoxyde d’azote, 15 %.

Les cinq principaux émetteurs sont les géants brésiliens de la viande (JBS, Marfrig et Minerva) et les entreprises étatsuniennes Tyson et Cargill. Ensemble, ces cinq entreprises représentaient près de la moitié des émissions des 45 entreprises analysées dans le rapport. À lui seul, le groupe JBS émettait près du quart de ces rejets, soit plus que les émissions de méthane déclarées par ExxonMobil et Shell réunis. Les émissions des trois sociétés françaises représentaient environ 7 % du total.

Les auteurs du rapport espèrent que leurs travaux démontreront que sans une réduction significative des émissions des secteurs de la viande et des produits laitiers – et donc sans une réduction du nombre d’animaux d’élevage –, il sera très difficile d’atteindre les objectifs climatiques. Cependant, cela ne semble pas être la voie suivie par les producteurs qui, pour la plupart, se sont fixé des objectifs de croissance ambitieux. Par ailleurs, plusieurs d’entre eux ont diminué leurs objectifs d’émissions et leurs reportings liés au climat, et la multinationale suisse Nestlé a annoncé le 8 octobre qu’elle se retirait de la Dairy Methane Action Alliance, une initiative mondiale visant à faire baisser l’empreinte climatique de l’élevage laitier.