Le rapport d’une association montre que les agrocarburants émettent plus de CO2 que les carburants fossiles

Les agrocarburants sont souvent présentés comme une bonne solution pour réduire les rejets de GES du secteur des transports (routier, aérien, maritime…). Cependant, ils ont aussi l’inconvénient d’être en compétition avec l’alimentation humaine (manger ou conduire, va-t-il falloir choisir ?) et s’ajoutent aux autres activités émergentes liées à la transition écologique qui affectent le foncier et attisent les conflits avec les communautés locales (centrales solaires, compensation carbone, exploitation des terres rares, etc.). Mais ils pourraient ne même pas répondre à leur finalité première et émettre globalement plus de CO2 que les carburants fossiles. C’est ce qu’affirme l’association Transport & Environnement (T&E) dans un rapport publié le 9 octobre 2025 et réalisé par l’agence Cerulogy.

Ce n’est pas la première alerte d’une association écologique sur le leurre que représentent les agrocarburants dans la lutte contre le dérèglement climatique. Mais dans cette étude, les auteurs apportent des précisions quantitatives. Selon eux, la production mondiale d’agrocarburants émet 16 % de CO2 de plus que les combustibles fossiles.

Ils estiment qu’aujourd’hui, environ 32 millions d’hectares de terres cultivées sont consacrés à la production de matières premières pour les agrocarburants, soit la superficie de l’Italie. Ce calcul tient compte de l’allocation des coproduits. Si l’on ne prend pas en considération le changement d’affectation des sols indirects (CASI), le gain en émission de GES par rapport à l’utilisation d’énergie fossile s’élève à 233 millions de tonnes par an, selon l’analyse conventionnelle du cycle de vie. Or, le simple retour de ces terres à leur état naturel pourrait constituer un gain bien plus important et atteindre annuellement 428 millions de tonnes.

La mobilisation de surfaces agricoles destinées à la production d’agrocarburants devrait augmenter de 60 % d’ici 2030 et atteindre une superficie comparable à la surface de la France. Ces combustibles devraient alors émettre 70 millions de tonnes en équivalent CO2 de plus que les combustibles fossiles (à cause de l’agriculture et de la déforestation). Dans un communiqué, T&E souligne que seulement 3 % de ces terres affectées aux centrales solaires permettraient de produire la même quantité d’énergie et de pourvoir aux besoins de près d’un tiers du parc automobile mondial actuel. De plus, la production d’agrocarburants de première génération (i.e. produits à partir de matières premières qui peuvent être utilisées dans une chaîne alimentaire) nécessite 150 fois plus d’eau que la production d’électricité solaire.