L’Union européenne continue d’exporter des pesticides dont l’utilisation est prohibée sur son territoire

Malgré de nombreuses failles, les autorités françaises et européennes tentent de réduire l’impact des substances toxiques sur la santé humaine et la nature en limitant ou en proscrivant d’y avoir recours sur le territoire national ou européen. Mais, en France, la polémique récente ayant entouré la réintroduction de l’acétamipride, un pesticide interdit de la famille des néonicotinoïdes, et le veto opposé par le Conseil constitutionnel à cette réintroduction ont mis en évidence la dissymétrie existant entre les règles qui régissent les différents systèmes agricoles à travers le monde. Cela a pour conséquence, entre autres, d’autoriser l’importation d’alimentation humaine ou animale ayant été produite grâce à des substances toxiques interdites dans l’UE.

Cette absurdité va encore plus loin. Ainsi, l’association suisse Public Eye, en partenariat avec la cellule investigation de Greenpeace UK (Unearthed), a publié une nouvelle enquête le 17 septembre 2025 sur les exportations depuis le territoire de l’Union européenne de pesticides, où leur utilisation est interdite. Elle constate qu’en 2024, l’Union a exporté 122 000 tonnes de ces substances, dont 60 % vers des pays à revenu faible ou intermédiaire. En 2018, ces exportations s’étaient élevées à 81 000 tonnes. Elles comprenaient celles du Royaume-Uni à hauteur de 40 %. À périmètre constant, le volume exporté a donc été multiplié par 2,5 fois. Ce bond est en partie dû à l’interdiction d’utilisation en Europe d’une centaine de nouveaux pesticides depuis 2018.

Les deux organisations ont relevé l’exportation de 75 substances avec, en premier lieu, le dichloropropène, utilisé pour contrôler les ravageurs dans la culture de fruits et de légumes. Il est interdit dans l’Union depuis 2007. La France, quant à elle, exporte notamment de la picoxystrobine, un produit banni en 2017 pour ses effets génotoxiques (capacité de modifier le génome de manière irréversible). La destination principale de ce fongicide est le Brésil, où il sert surtout dans la culture du soja. D’après une autre étude de Public Eye datant de novembre 2022, 85 % du picoxystrobine utilisé chaque année au Brésil provenait de la filiale française de la société étatsunienne Corteva. Selon un article de L’Usine Nouvelle du 24 septembre 2024, 2024 devrait, en principe, avoir été la dernière année d’exportation par l’entreprise.

Public Eye déplore que la Commission européenne temporise la mise en œuvre de son engagement pris en 2020 dans le cadre d’une nouvelle stratégie sur les produits chimiques et de son « Pacte vert », et visant à mettre un terme à ce type d’exportation. L’association pointe aussi du doigt le lobby de l’industrie agrochimique qui entend tirer parti du vent de dérégulation ambiant.