La course à la construction des centres de données est lancée et donne lieu aux annonces les plus folles. Ainsi, le 7 novembre 2025, Meta a indiqué vouloir investir 600 milliards de dollars dans l’infrastructure numérique aux États-Unis au cours des trois prochaines années. Les spécialistes s’interrogent sur la manière dont le groupe compte financer ce projet. Ce montant astronomique représente en effet plus du double des bénéfices réalisés par la société au cours de ses 13 années d’existence en Bourse.
Quoi qu’il en soit, les besoins des géants de la tech sont réels et génèrent une forte demande en énergie ainsi que la nécessité de démontrer qu’ils répondront bien à leur « responsabilité climatique », en concluant notamment des contrats à terme d’achat d’électricité décarbonée. Pour autant, ils restent peu transparents quant à leurs « performances climatiques » et renâclent à fournir les rejets de GES liés à l’utilisation de leurs services, si l’on en croit leurs principaux clients. Leurs dispositions en la matière ne devraient pas être encouragées par la lettre que leur ont adressée en octobre dernier les procureurs généraux de 16 États étatsuniens. Cette lettre les exhorte, eux et d’autres grandes sociétés, à ne pas se conformer aux nouvelles réglementations européennes en matière de reporting de durabilité et de diligence raisonnable (CSRD et CS3D). Elle les avertit que ces lois les exposeraient à des poursuites de la part des autorités gouvernementales aux États-Unis.
En attendant, pour répondre à la forte hausse des prix liée à cette expansion des centres de données, la sénatrice démocrate du Maryland Katie Fry Hester a lancé fin octobre un collectif multi-partisan réunissant plus de 60 élus du district de Columbia et des 13 États desservis par l’opérateur de réseau électrique PJM Interconnection. Son objectif est de faire pression sur PJM et sur les autorités fédérales afin d’empêcher que l’entreprise ne se plie totalement aux exigences d’Amazon, de Google et des autres firmes technologiques, et d’éviter que des coûts énergétiques supplémentaires ne soient répercutés sur les ménages.
PJM élabore actuellement des propositions d’investissement pour moderniser le réseau. Ces investissements pourraient s’élever à plusieurs centaines de milliards de dollars. L’opérateur soumettra ensuite ces propositions à la Commission fédérale de régulation de l’énergie (Federal Energy Regulatory Commission, FERC), qui déterminera le plan retenu et la manière dont sera absorbé le coût des 32 gigawatts de la nouvelle charge nécessaire à la consommation des centres de données. D’après les estimations du Conseil de défense des ressources naturelles (Natural Resources Defense Council, NRDC), sans réformes significatives, les habitants de la région pourraient débourser 163 milliards de dollars supplémentaires sur leurs factures d’électricité d’ici 2033, et d’ici 2028, une famille moyenne pourrait payer environ 70 dollars de plus par mois.
De son côté, située respectivement aux 12e et 13e rangs en matière de population et de PIB parmi les États fédérés des États-Unis, la Virginie prétend être la capitale mondiale des centres de données. Le 4 novembre 2025, les démocrates ont obtenu le contrôle total du gouvernement de l’État. Abigail Spanberger a battu la républicaine Winsome Earle-Sears au poste de gouverneure, et l’avance du parti à la Chambre basse de l’Assemblée législative est devenue confortable (64, contre 36 pour les républicains).
Cela signifie que, pendant deux ans, les démocrates auront l’opportunité de défendre l’ambitieuse loi de l’État sur le climat, le Virginia Clean Economy Act (VCEA), et de poursuivre plus activement la transition vers les énergies renouvelables. Mais, en parallèle, ils devront résister à la tentation d’assouplir les restrictions sur les énergies fossiles pour répondre aux besoins des centres de données et faire face à l’opposition grandissante de la population aux immenses fermes de serveurs du nord de la Virginie et à l’expansion de l’énergie solaire sur les terres agricoles de l’État.
