En Inde, l’acier à base de charbon continue de prospérer. En Europe (Suède), l’acier vert patine

Selon l’Association mondiale de l’acier, la production mondiale d’acier brut de ses 71 pays membres a été de 1 883 millions de tonnes en 2024. Par ailleurs, l’industrie sidérurgique serait responsable d’au moins 7 % des émissions de gaz à effet de serre, voire, d’après le Haut-commissariat français à la Stratégie et au Plan, d’environ 10 % des rejets de CO2 (hors émissions dues au changement d’usage des sols) si l’on y inclut l’extraction du minerai. La décarbonation de l’acier est difficile. Elle requiert de drainer des ferrailles, dont les volumes ne sont pas illimités, et d’investir dans des technologies coûteuses.

L’Inde est le deuxième producteur mondial d’acier, derrière la Chine. Le 17 octobre 2025, l’association Carbon Tracker et l’institut de recherche Carbon Transition Analytics ont publié un rapport sur les quatre principaux groupes sidérurgiques indiens (AMNS, JSPL, JSW et Tata). L’étude souligne que ces quatre entreprises prévoient de pratiquement doubler leur production d’acier d’ici 2030 (150 millions de tonnes) et de la tripler d’ici 2040. Elle précise aussi qu’à cette date, environ 80 % de cet acier sera produit dans des hauts fourneaux à charbon. La durée de vie restante des unités mises en service dans les années 2030 sera comprise entre 20 et 25 ans. Cette réalité ne devrait pas aider le pays à atteindre la neutralité carbone, pas plus que le reste du monde d’ailleurs.

Stegra est une société suédoise située à Boden, de taille plus modeste que les quatre géants indiens. Fondée en 2020, elle a toutefois pour ambition de produire 5 millions de tonnes d’acier à émissions de CO2 quasi nulles d’ici 2030 et de commencer ses livraisons fin 2026 ou début 2027. Mais le contexte a changé depuis 2020. L’inflation, la hausse des coûts de construction, l’intégration de nouvelles infrastructures dans le projet (port et réseau ferroviaire) et le retrait partiel du soutien des pouvoirs publics suédois ont rendu la situation financière de l’entreprise très fragile.

Le P.-D.G. de Stegra, Henrik Henriksson, affirme que plus de 60 % de ce projet d’aciérie et d’usine d’électrolyse à hydrogène vert sont déjà réalisés. Mais certains analystes estiment que la firme dépense chaque mois environ 3 milliards de couronnes (275 millions d’euros). Dans ces conditions, cela pourrait la laisser sans liquidité avant la fin de l’année 2025. C’est pourquoi, le 13 octobre 2025, la société a annoncé qu’elle avait engagé des discussions pour collecter de nouvelles ressources à hauteur de 10 milliards de couronnes (fonds propres, emprunts) en élargissant son tour de table. Les investisseurs actuels ont déjà fait des propositions, et l’entreprise est en discussion avancée auprès de nouveaux investisseurs potentiels.

Le succès du projet repose sur l’obtention de ces nouveaux financements et sur le respect des engagements de commandes déjà pris par Porsche, Scania, IKEA, Microsoft, etc. S’il est mené à bien, il pourrait devenir le modèle d’une nouvelle génération d’usines sidérurgiques à faibles émissions de carbone. À condition que les industriels, les financiers et les donneurs d’ordres veuillent bien prendre le risque…