Une militante écologiste texane fait plier ExxonMobil sur un projet d’usine de granulés de polyéthylène

Au Texas, le financement de l’éducation repose en grande partie sur les impôts fonciers locaux. Ainsi, chaque année, les conseils scolaires de district fixent un taux d’imposition pour l’entretien et l’exploitation des établissements, et parfois un taux d’intérêt et des durées d’amortissement pour le remboursement des titres obligataires. Les districts scolaires représentent souvent plus de la moitié de la facture fiscale des propriétaires texans. Les conseils scolaires disposent aussi d’une certaine liberté pour ajuster leurs tarifs, dans les limites imposées par l’État.

En conséquence, en décembre 2024, la société pétrogazière ExxonMobil a présenté une demande d’allégement de 50 % de ses impôts fonciers auprès du district scolaire du comté de Calhoun pour la construction d’une grande usine de plastique devant produire annuellement jusqu’à 3 millions de tonnes de granulés de polyéthylène destinés à l’exportation, principalement vers l’Asie. Cette réduction devait s’étaler sur 10 ans à compter de 2031, date à laquelle le projet doit être mis en service, et permettre ainsi à l’entreprise d’économiser quelque 240 millions de dollars.

Le 29 avril, le conseil scolaire a voté à l’unanimité pour donner suite à la demande d’ExxonMobil. Mais, le 20 mai 2025, Diane Wilson, une militante écologiste de 77 ans et ancienne capitaine de crevettier, et son association, San Antonio Bay Estuarine Waterkeeper, ont déposé un recours contre cette décision. Les plaignants ont estimé que le conseil scolaire n’avait pas suffisamment informé le public avant d’entamer les négociations d’allègement fiscal avec ExxonMobil. Selon eux, il s’agissait d’une tentative délibérée visant à éviter l’opposition du public.

En 2019, Diane Wilson avait déjà fait appel à la justice en portant plainte contre l’entreprise taïwanaise Formosa Plastics pour violation de la loi sur la qualité de l’eau, qui avait entraîné des rejets polluants le long des côtes texanes. Le procès a été réglé à l’amiable avec la constitution d’un fonds de 50 millions de dollars pour nettoyer la zone alimentée par la firme. Or, les eaux de ruissellement provenant de l’usine prévue par ExxonMobil s’écouleraient dans les mêmes cours d’eau qui ont fait l’objet de ce nettoyage.

En août 2025, un juge a annulé la décision du conseil scolaire. Le 7 octobre, la compagnie a confirmé qu’elle mettait en pause son projet d’usine dont la construction devait initialement débuter l’année prochaine. Officiellement, cette annonce dit répondre aux conditions actuelles du marché. De son côté, Diane Wilson estime que la décision du juge a probablement joué un rôle dans cette pause, et ce, d’autant que la plupart des projections tablent sur une forte croissance de la demande de plastique au cours des années à venir.