Des Kenyans portent plainte contre des entreprises vendant dans leur pays des produits autorisés mais dangereux pour la santé et l’environnement

Depuis plusieurs mois, les agriculteurs français font entendre leur voix pour protester contre l’interdiction de certains pesticides sur le territoire, alors qu’à l’étranger, leurs concurrents ne sont pas soumis aux mêmes contraintes. De leur côté, des associations européennes soulignent que ces pesticides, interdits d’utilisation et de commercialisation sur le territoire européen, sont largement exportés, en particulier dans les pays en développement où les législations sont souvent moins sévères qu’en Europe. Mais dans ces régions, les acteurs de la société civile réagissent aussi.

Ainsi, au Kenya, quatrième exportateur mondial de fleurs coupées, l’activiste Kelvin Mugambi Kubai et l’association African Centre for Corrective and Preventive Action (ACCPA) ont saisi le tribunal de l’environnement et des terres pour demander l’arrêt de l’utilisation et de la distribution d’une gamme de produits phytosanitaires au Kenya. Ils invoquent de graves risques pour la santé humaine, l’environnement et les exportations agricoles. Ils veulent que le tribunal interdise notamment le glyphosate, le paraquat, l’imidaclopride, la clothianidine, le fipronil, le chlorpyrifos, le thiaclopride, le thiaméthoxame, le fénitrothion, le malathion et le dinotéfurane. Ils ont assigné l’Association des produits agrochimiques du Kenya, les sociétés Monsanto Kenya, Syngenta East Africa, Bayer East Africa, BASF East Africa et Twiga Chemicals Industries Ltd ainsi que plusieurs organismes d’État.

Les plaignants précisent que le glyphosate est classé comme cancérogène probable par le Centre international de recherche sur le cancer, et que l’Union européenne a restreint l’utilisation en extérieur de néonicotinoïdes tels que l’imidaclopride et le thiaméthoxame afin de protéger les pollinisateurs. Le fait que des produits interdits sur des marchés comme celui de l’Union européenne soient toujours commercialisés et utilisés au Kenya est, pour eux, particulièrement choquant. Ils soulignent également que les produits horticoles kenyans ont parfois été rejetés sur les marchés internationaux après avoir dépassé les limites maximales autorisées de résidus de pesticides.

Les requérants soutiennent que la circulation de ces produits porte atteinte au droit constitutionnel, notamment au droit à la vie (article 26 de la Constitution), au droit à un environnement propre et sain (article 42) et aux droits des consommateurs à des biens sûrs et à des informations adéquates (article 46). Ils réclament que le tribunal reconnaisse que ces droits ont été violés, qu’il prononce une suspension immédiate des pesticides contestés et accorde une indemnisation aux personnes qui ont été affectées par l’exposition aux produits incriminés.

Le 18 septembre 2025, la juge Grace Kemei de la Haute Cour a accueilli favorablement la demande de recours collectif des plaignants et a donc ordonné la publication d’avis dans la presse nationale invitant les potentielles victimes à se joindre à la plainte. L’affaire sera plaidée le 23 octobre.