Le Myanmar (Birmanie) est une dictature dirigée, quasiment sans interruption depuis 1962, par une suite de juntes militaires. Cette période a été entrecoupée par des élections démocratiques (1990, 2015, 2020) qui ont, à chaque fois, offert une très large victoire à la Ligue nationale pour la démocratie (LND) fondée par Aung San Suu Kyi. Mais la junte a systématiquement contesté les résultats, incarcéré ou assigné à résidence la dirigeante de la LND ainsi que ses proches collaborateurs. La dernière réaction de la junte s’est traduite, le 1er février 2021, par un coup d’État dirigé par le chef des forces armées birmanes (Tatmadaw), le général Min Aung Hlaing. Actuellement, les autorités birmanes peaufinent de nouvelles règles pour régenter les élections prévues, en principe, à la fin de l’année.
En conséquence, les investissements dans le pays et les relations commerciales avec la junte, qui contrôle une bonne partie des avoirs du pays, sont surveillés de très près par la communauté internationale. En 1992, le groupe Total (maintenant TotalEnergies) a été l’un des premiers et plus importants investisseurs en Birmanie après les élections (non validées) de 1990. La compagnie y est restée 30 ans. Elle a été accusée de fermer les yeux sur le travail forcé pratiqué par l’armée birmane lors de la construction des infrastructures terrestres nécessaires à l’acheminement du gaz extrait, et de financer la junte militaire. En mai 2022, la compagnie a reconnu avoir versé 326 millions de dollars [chiffre qui nous semble largement sous-estimé, NDLR] à l’administration birmane entre 1992 et 2022.
Depuis le coup d’État de 2021, les conflits ethniques armés se sont intensifiés dans les différents États et régions constituant le pays (Karen, Chin, Arakan, Kachin, Môn, Shan…). L’État birman bénéficie de nombreux soutiens technologiques, matériels et financiers (Russie, Biélorussie, Chine…).
Dans un rapport datant de septembre 2024 (#Airbusted), les associations Info Birmanie et Justice for Myanmar ont révélé qu’Airbus était actionnaire de référence (avec 5,03 % du capital) de l’entreprise chinoise AviChina, et partenaire commercial de cette dernière ainsi que de plusieurs de ses filiales. Or, AviChina est un important fournisseur d’avions (l’Harbin Y-12 et le Hongdu K-8) destinés à l’armée de l’air birmane régulièrement accusée de bombarder les populations civiles des régions rebelles. Les organisations ont donc lancé une campagne internationale demandant à l’avionneur européen d’utiliser son influence sur AviChina pour que ce dernier cesse toute relation commerciale avec l’armée birmane ou qu’il cède ses actions.
Le 19 juin 2025, les deux associations ont annoncé qu’Airbus avait finalisé la vente de l’intégralité de ses parts dans AviChina le 1er avril 2025. Si les ONG saluent le retrait discret d’Airbus du capital d’AviChina, elles rappellent que la compagnie fait aussi, depuis le 9 avril 2025, l’objet d’une plainte auprès du Point de contact national (PCN) de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) aux Pays-Bas (le siège social d’Airbus est domicilié aux Pays-Bas).
Sous couvert d’anonymat par crainte de représailles, l’association birmane à l’origine de la plainte demande à Airbus de s’acquitter de ses responsabilités au titre des Principes directeurs de l’OCDE à l’intention des entreprises multinationales en usant de son pouvoir d’influence pour inciter AviChina à rompre ses liens avec l’armée birmane (fourniture d’avions militaires, assistance technique, formations). Ces principes invitent Airbus à agir de manière responsable en exerçant une diligence raisonnable rigoureuse en matière de droits humains dans le cadre de ses relations d’affaires.
