Mozambique LNG : à la suite des exactions présumées des forces de sécurité sur les populations, les agences néerlandaise et britannique de crédit à l’exportation jettent l’éponge

Le 26 septembre 2024, le média Politico a publié une enquête approfondie menée dans la province de Cabo Delgado (Mozambique), en proie à un conflit intérieur meurtrier. Il a découvert qu’au cours de l’été 2021, une unité militaire mozambicaine avait perpétré les pires atrocités sur des civils. Or, cette unité avait des liens avec TotalEnergies, qui a engagé dans cette région l’un de ses plus importants projets (Mozambique LNG). C’est pourquoi, le 17 novembre 2025, le Centre européen pour les droits constitutionnels et humains (ECCHR) a déposé une plainte pénale auprès du Parquet national antiterroriste français (PNAT) contre TotalEnergies pour complicité de crimes de guerre, de torture et de disparition forcée.

Le projet Mozambique LNG a nécessité la mobilisation d’environ 15 milliards de dollars de financements extérieurs (environ 60 % du coût global) promis par des banques commerciales, la Banque africaine de développement et 8 agences de crédit à l’exportation. Mais ces dernières ont été interpellées par les révélations de Politico.

Le 4 janvier 2025, le Financial Times a ainsi rapporté que le gouvernement britannique cherchait un avis juridique pour savoir si l’engagement de l’agence britannique UK Export Finance à hauteur de 1,15 milliard de dollars était toujours contraignant. De son côté, en 2021, l’agence néerlandaise de crédit à l’exportation Atradius DSB a accordé une assurance-crédit à l’exportation de 1 milliard d’euros pour garantir les travaux de l’entreprise néerlandaise de dragage Van Oord sur le projet de TotalEnergies. Mais, le 4 mars 2025, le ministre néerlandais des Finances a annoncé à son parlement qu’il avait demandé à un tiers de « mener une analyse sur les violations présumées des droits de l’Homme commises par les forces de sécurité mozambicaines dans le cadre du projet de gaz naturel liquéfié au Mozambique ».

Le conseil d’administration de TotalEnergies a été interrogé sur ces points lors de son assemblée générale du 23 mai dernier. Dans sa réponse, il précise que « compte tenu des délais induits par la déclaration de force majeure et la suspension du projet en avril 2021 et de la nécessité de mettre à jour la documentation de financement du projet notamment quant au planning de réalisation du projet, les différents prêteurs internationaux sont amenés à réaliser des due diligence de mises à jour, comme ils le font habituellement. Dans ce contexte, les agences de crédit-export Atradius des Pays-Bas et UKEF du Royaume-Uni ont mandaté des parties externes. »

Mais, le 1er décembre, les gouvernements britannique et néerlandais ont annoncé qu’ils ne soutenaient plus le projet Mozambique LNG. En conséquence, un communiqué du groupe pétrogazier a indiqué le 2 décembre que « les partenaires de Mozambique LNG avaient décidé à l’unanimité d’apporter des fonds propres supplémentaires pour remplacer les contributions de UKEF et Atradius », soit environ 2,3 milliards de dollars.