Dans l’industrie du luxe, la réputation du « Made in Italy » mise à mal par les scandales du « Made in Chitaly »

Les autorités italiennes poursuivent leur opération « mani pulite » dans les chaînes de fabrication du luxe mondial. Le 2 décembre 2025, agissant sur mandat du procureur milanais Paolo Storari, des carabiniers de la Nucleo Ispettorato del Lavoro (NIL), l’unité en charge de la protection au travail, sont intervenus dans les bureaux de 13 sociétés du secteur de la mode et du luxe. Cela fait suite à d’autres affaires relevées par la justice italienne qui a notamment mis en cause les maisons Dior et Giorgio Armani en 2024 et les a placées sous administration judiciaire. Ce dispositif a été levé depuis à la suite des mesures adoptées par ces marques. Parmi les maisons incriminées, la presse italienne cite Adidas, Alexander McQueen (Kering), Givenchy (LVMH), Gucci (Kering), Prada, Versace (Prada) et Yves Saint Laurent (Kering).

Des vêtements liés à ces entreprises ont été retrouvés dans des entrepôts gérés par des sous-traitants chinois de ces maisons. Les enquêtes menées dans des ateliers en Lombardie, en Toscane et dans les Marches ont révélé des cas où la main-d’œuvre chinoise, souvent en situation irrégulière, était exploitée dans des conditions extrêmement précaires (conditions de travail dangereuses, salaires dérisoires, horaires excessifs, absence de contrat et d’équipement de protection, heures supplémentaires non rémunérées, logements insalubres…). Le mécanisme est quasiment toujours le même : la marque de mode de luxe sous-traite sa production à une ou plusieurs sociétés, qui elles-mêmes externalisent leurs productions auprès d’un réseau d’ateliers employant du personnel chinois et ne respectant pas les normes du travail et de sécurité.

Les autorités milanaises veulent vérifier si les marques sont en conformité avec la législation du travail et les normes de sécurité tout au long de leurs chaînes d’approvisionnement, et si leurs contrôles sont efficaces. Pour cela, le parquet de Milan a exigé la remise de certains documents (certificats de la chambre de commerce, contrats, organigrammes, descriptions de poste, procès-verbaux des réunions du conseil d’administration depuis janvier 2023 et des commissaires aux comptes, rapports sur les dispositifs de contrôle interne, procédures d’accréditation et de suivi des fournisseurs, plans et résultats des audits internes, plans de suivi et de traçabilité, listes de fournisseurs, états financiers pour les années 2023 et 2024, rapports de durabilité).

Les sociétés disposent de quelques jours pour obtempérer. En s’appuyant sur ces documents, le parquet déterminera le degré d’implication de chaque maison dans le recours à la main-d’œuvre exploitée, et décidera s’il convient de solliciter une surveillance judiciaire ou d’engager des poursuites sur la base du décret n° 231 de 2001 relatif à la responsabilité des personnes morales.

Les enquêteurs dénoncent une situation systémique et une certaine désinvolture de la part des grandes marques pour continuer de jouir de la réputation du « Made in Italy » tout en préservant leurs importantes marges bénéficiaires. En juillet 2025, le spécialiste du cachemire Loro Piana (groupe LVMH) a été placé sous contrôle judiciaire. En novembre, c’est la marque Tod’s (groupe Diego Della Valle) qui a été mise en cause. Sous couvert d’anonymat, l’un des auditeurs de la société de certification de San Miniato, Bureau Veritas Certest, intervenant pour le compte de Tod’s, a constaté de graves problèmes dans les entrepôts. Les rapports ont été portés à la connaissance de la direction de Tod’s. Pour Paolo Storari, l’entreprise n’a pas modifié son modèle organisationnel et continue de compter parmi ses fournisseurs certains des acteurs impliqués. Aussi a-t-il demandé que la firme soit interdite de toute publicité pendant 6 mois. Le juge Domenico Santoro a accepté que l’audience initialement prévue le 3 décembre soit reportée au 26 février 2026.