L’Agence internationale de l’énergie (AIE) a publié, le 12 novembre 2025, son rapport sur les perspectives énergétiques mondiales. Le document distingue trois scénarios : le scénario des politiques actuelles (CPS), celui des politiques déclarées (STEPS) et celui des « émissions nettes nulles d’ici 2050 » (NZE). Le CPS s’appuie sur les politiques et réglementations déjà en place, et offre une perspective prudente sur la vitesse de déploiement des nouvelles technologies énergétiques. Le STEPS élargit l’éventail des politiques prises en compte (politiques proposées, mais pas encore adoptées, documents officiels qui indiquent la direction à suivre, etc.). Le NZE décrit une voie pour réduire les émissions mondiales de CO2 liées à l’énergie afin d’atteindre la neutralité carbone d’ici 2050. L’AIE présente aussi le scénario ACCESS, qui propose une feuille de route pour parvenir à l’accès universel à l’électricité et à des solutions de cuisson propre.
Tous les scénarios prévoient une hausse des besoins mondiaux en services énergétiques, à cause du développement des économies ainsi que de l’augmentation des populations et des revenus. Ils font ressortir quatre autres points communs : l’évolution des questions de sécurité énergétique ; l’avènement de l’ère de l’électricité ; un déplacement du centre de gravité du système énergétique en dehors de la Chine, vers l’Inde et d’autres économies émergentes ; et un rôle croissant des énergies renouvelables et le retour de l’énergie nucléaire.
La sécurité énergétique est désormais exposée aux graves menaces qui pèsent sur les chaînes d’approvisionnement en minéraux critiques. Le principal risque réside dans la forte concentration du marché. La Chine domine le raffinage de 19 des 20 minéraux stratégiques liés à l’énergie et détient une part de marché moyenne d’environ 70 %. Les seules forces du marché ne suffiront pas pour diversifier et rendre plus résilients les approvisionnements. Il est également urgent de prendre des mesures pour faire face à la hausse des risques climatiques, aux cyberattaques et aux autres activités malveillantes qui ciblent les infrastructures critiques. Les lignes électriques sont particulièrement vulnérables.
La demande d’électricité croît beaucoup plus vite que la consommation énergétique globale, et ce, dans tous les scénarios. Elle augmentera d’environ 40 % d’ici 2035 dans les scénarios CPS et STEPS, et de plus de 50 % dans le scénario NZE. Les dépenses consacrées à l’approvisionnement en électricité et à l’électrification des usages finaux représentent déjà la moitié des investissements énergétiques mondiaux actuels. La rapidité de mise en place des nouveaux réseaux, des systèmes de stockage et des autres sources de flexibilité du réseau devient fondamentale. Mais la lenteur des procédures d’autorisation et les tensions sur les marchés des transformateurs et autres composants freinent les projets. La hausse des revenus et des températures alimente une forte augmentation de la consommation d’électricité liée à la climatisation. La croissance exponentielle de la demande d’électricité pour les centres de données et l’IA constitue également un paramètre important à prendre en compte.
Des économies émergentes emmenées par l’Inde et l’Asie du Sud-Est et, dans une moindre mesure, par des pays du Moyen-Orient, d’Amérique latine et d’Afrique brossent le profil des marchés de l’énergie. Ces pays prennent le relais de la Chine. D’ici 2035, 80 % de la croissance de la consommation d’énergie se concentrera dans les régions bénéficiant d’un fort ensoleillement.
Le rythme de croissance des énergies renouvelables varie selon les scénarios et les contextes, mais il progresse plus rapidement que pour les autres sources d’énergie majeures dans toutes les hypothèses, surtout grâce au photovoltaïque. La Chine demeurera le premier marché des énergies renouvelables. Il représentera entre 45 et 60 % des déploiements mondiaux au cours des dix prochaines années. L’importante capacité de production de panneaux solaires et de batteries, concentrée en grande partie en Chine, maintiendra des prix compétitifs. Tous les scénarios présentent un regain d’intérêt pour l’énergie nucléaire (grandes centrales traditionnelles, petits réacteurs modulaires). Plus de 40 pays intègrent désormais l’énergie nucléaire dans leur stratégie et prennent des mesures pour développer de nouveaux projets. La capacité nucléaire mondiale devrait augmenter d’au moins un tiers d’ici 2035.
Les scénarios varient quant à la manière dont les besoins énergétiques sont satisfaits. Dans le CPS, la demande de pétrole et de gaz naturel va croître jusqu’en 2050, tandis que celle du charbon commencera à diminuer avant la fin de la décennie actuelle. Dans le STEPS, le pic de la demande de charbon s’accompagnera d’une stabilisation de la consommation de pétrole autour de 2030. La demande de gaz continuera de grimper dans les années 2030, principalement en raison de l’évolution des politiques américaines et de la baisse des prix du gaz. Dans le NZE, le déploiement beaucoup plus rapide des technologies à faibles émissions entraînera une baisse conséquente de la demande pour tous les combustibles fossiles. La quantité d’énergie nécessaire pour satisfaire la demande diverge selon les scénarios. Dans le CPS, la demande augmentera de 90 exajoules (EJ) d’ici 2035 (plus 15 % par rapport à aujourd’hui). Dans le STEPS, la consommation d’énergie montera d’environ 50 EJ. Dans le scénario NZE, elle diminuera.
Les décisions d’investissement concernant les nouveaux projets de GNL ont fortement crû en 2025, présageant une baisse des prix internationaux. Une capacité d’exportation annuelle de GNL sans précédent de 300 milliards de mètres cubes devrait entrer en service d’ici 2030, soit une augmentation de 50 % de l’offre mondiale disponible. Environ la moitié de cette capacité est construite aux États-Unis, et 20 % au Qatar. Le marché du charbon est déterminé par quelques grandes économies émergentes, la Chine étant de loin la plus importante. Elle est suivie par l’Inde, l’Indonésie et d’autres pays d’Asie du Sud-Est. Dans le scénario STEPS, les capacités en énergies renouvelables supplémentaires dans les économies émergentes s’élèveront en moyenne à plus de 600 GW par an jusqu’en 2035. Cela suffit à faire décliner la demande mondiale de charbon. Cette tendance est encore plus marquée dans le NZE. En revanche, dans le CPS, la demande de charbon diminuera plus lentement.
Les émissions annuelles mondiales de CO2 liées à l’énergie ont atteint un niveau record de 38 gigatonnes (Gt) en 2024. Elles s’y maintiendront dans le scénario CPS. Cela signifie qu’en 2050, elles seront inférieures d’environ 10 Gt à ce qu’elles étaient en 2019. Dans le STEPS, les émissions retomberont sous la barre des 30 Gt d’ici le milieu du siècle. Cela impliquera une hausse des températures de près de 3 °C en 2100 dans le scénario CPS, et de 2,5 °C dans le scénario STEPS. Dans le NZE, elle atteindra un pic à environ 1,65 °C en 2050 pour redescendre en dessous de 1,5 °C en 2100. Les émissions totales liées à l’énergie des pays ayant déjà soumis de nouvelles contributions déterminées au niveau national (CDN) en novembre 2025 s’élevaient à quelque 20 Gt en 2024. La mise en œuvre pleine et entière de leurs CDN permettrait de diminuer leurs émissions à 15-17 Gt d’ici 2035, soit une réduction de 11 à 25 %, ce qui correspond aux objectifs du scénario STEPS.
