La COP30 s’est achevée le 22 novembre. Elle a laissé de nombreux observateurs sur leur faim. À la clôture, 119 pays, qui correspondent à 74 % des émissions mondiales de GES, avaient soumis de nouvelles contributions déterminées au niveau national (CDN). Celles-ci représentaient moins de 15 % des réductions d’émissions nécessaires d’ici 2035 pour limiter le réchauffement climatique à 1,5 °C. Les acteurs de la société civile et plus de 80 États ont plaidé en faveur d’une feuille de route pour mettre un terme à l’utilisation des énergies fossiles et stopper la déforestation. Mais, sans surprise, les pays producteurs de gaz et de pétrole se sont opposés à ce que ce soit intégré dans la décision finale, entraînant l’adhésion d’autres États à leur thèse.
Les négociateurs ont adopté 59 indicateurs pour suivre les progrès accomplis dans la mise en œuvre de l’objectif mondial d’adaptation (GGA) de l’accord de Paris (article 7). Cependant, la plupart de ces indicateurs ont été modifiés dans les derniers jours de la COP, rendant certains d’entre eux impossibles à mesurer et offrant des zones d’ombre dans la couverture des thèmes à suivre. Lors de la séance plénière de clôture, certains pays ont émis des objections quant au résultat du GGA. Ces indicateurs devront donc être ajustés, notamment dans le cadre d’un processus intitulé « Vision Belém-Addis » qui s’étalera sur deux ans. Toutefois, la COP30 a peu abordé la question de la mise à jour des stratégies d’émissions à long terme.
La question du financement, en particulier des pays en développement, était encore une fois au centre des préoccupations. Lors de la COP26 (Glasgow), les pays avaient pris l’engagement de doubler le financement de l’adaptation d’ici 2025 par rapport aux niveaux de 2019. De nombreux pays en développement avaient demandé à ce qu’il soit triplé d’ici 2030. La COP30 a répondu aux attentes, mais en repoussant l’échéance à 2035. Cela signifie que sur les plus de 300 milliards de dollars de financement climatique annuel qui devraient être alloués aux pays en développement d’ici 2035, environ 120 milliards devront être consacrés à l’adaptation et au renforcement de la résilience face aux conséquences du changement climatique.
Le dialogue pour atteindre l’objectif de financement annuel, toutes sources confondues, de 1 300 milliards de dollars d’ici 2035 pour les pays en développement s’est poursuivi. Les présidences des COP29 et COP30 ont présenté la feuille de route Bakou-Belém pour y parvenir (définition des principales actions par les gouvernements, les institutions financières publiques et privées ainsi que d’autres acteurs). Mais les pays ont (difficilement) convenu d’un programme de travail de deux ans pour poursuivre les discussions sur le financement des pays en développement par les pays développés (article 9.1 de l’accord de Paris). De nombreux acteurs font aussi remarquer que tout cela reste de l’ordre des discussions et des intentions.
Parallèlement, la question des pertes et dommages a reçu relativement peu d’attention par rapport aux COP précédentes. Le fonds pour répondre aux pertes et préjudices (Fund for responding to Loss and Damage, FRLD) a lancé un appel à projets pour sa phase de démarrage.
Le sommet n’a pas élaboré de feuille de route pour mettre fin à la déforestation et n’a pas remis en cause les systèmes alimentaires mondiaux. Toutefois, on relève quelques initiatives en marge de l’événement. Le Brésil a officiellement lancé son programme « Forêts tropicales pour toujours » (Fundo Florestas Tropicais para Sempre) afin de fournir un financement stable et de long terme aux pays qui protègent leurs forêts tropicales. Quelques gouvernements se sont déjà engagés à verser un total de 6,7 milliards de dollars à ce nouveau fonds. Par ailleurs, 15 gouvernements ont lancé l’Engagement intergouvernemental sur la tenure foncière (Intergovernmental Land Tenure Commitment, ILTC), qui vise à sécuriser et à reconnaître officiellement 160 millions d’hectares de terres détenues et utilisées par les peuples autochtones et les communautés locales.
Des références figurent dans la déclaration finale pour lier l’action climatique au commerce, aux réalités quotidiennes et à l’implication des différentes communautés. Elles réaffirment notamment que l’équité, l’inclusion et la responsabilité partagée doivent guider les décisions climatiques et donner la priorité aux personnes les plus vulnérables et les plus touchées par les effets du changement climatique.
Un processus visant à élaborer un mécanisme de transition juste a été adopté et constitue une avancée en matière de droits des travailleurs et des communautés. Par ailleurs, l’Initiative mondiale pour l’emploi et les compétences dans la nouvelle économie (Global Initiative on Jobs & Skills for the New Economy) a été lancée. La COP a également fait un effort pour intégrer la voix des peuples autochtones, même si de nombreuses organisations représentatives de ces derniers ont déploré lors de manifestations pacifiques que leur avis n’était pas réellement entendu. Le Mutirão mondial affirme leurs droits fonciers et leurs savoirs traditionnels, le programme de travail sur l’atténuation souligne leur rôle essentiel dans la gestion durable des forêts, et le mécanisme de transition juste fait référence aux droits et protections des peuples autochtones en situation d’isolement volontaire et de premier contact. De plus, les États ont élaboré un nouveau plan d’action pour l’égalité des sexes.
Bien que de nombreuses déceptions justifiées aient suivi la clôture du sommet, celui-ci a aussi montré que le multilatéralisme pouvait encore produire quelques résultats. Cela dépend, bien entendu, du dynamisme de la mise en œuvre des promesses faites et de celles de la présidence brésilienne de présenter des feuilles de route sur les énergies fossiles et la déforestation en 2026. Mais cela dépend également des initiatives que tous les acteurs pourraient prendre en dehors de ce cadre.
