Classée parmi les 10 plus importants groupes de distribution mondiaux, la société états-unienne Target, dont le siège se trouve à Minneapolis, réalise un chiffre d’affaires annuel de plus de 100 milliards de dollars. Depuis une quinzaine d’années, l’entreprise supporte la communauté LGBTQ+ en célébrant le mois des fiertés. Mais ce soutien a entraîné des réactions hostiles, et en 2023, des campagnes de boycott de l’enseigne ont été lancées, des magasins ont été vandalisés, des employés ont été harcelés, des menaces à la bombe ont été proférées… En conséquence, une organisation juridique a poursuivi la société au nom de l’un des actionnaires de l’entreprise, qui certifiait que la politique ESG, de diversité, d’équité et d’inclusion (DEI) de Target avait fait perdre à cette dernière des milliards de dollars à la suite de la chute du cours de l’action.
Puis, le 31 janvier 2025, des actionnaires menés par le fonds de pension de la police de la ville de Riviera Beach en Floride ont à leur tour engagé une action collective contre Target. Ils lui reprochent de les avoir trompés. Ils estiment que la valeur des actions a été artificiellement gonflée et qu’on les a conduits à supporter à leur insu des objectifs politiques et sociaux à travers une utilisation abusive de leurs fonds. Les plaignants affirment que le détaillant n’a pas divulgué le risque de boycott des consommateurs découlant de ses initiatives environnementales, sociales et de gouvernance, de diversité, d’équité et d’inclusion. Sous pression, l’entreprise avait d’ailleurs annoncé, le 24 janvier, qu’elle mettrait fin cette année à ses initiatives DEI, y compris à un programme de soutien aux sociétés appartenant à des personnes noires qu’elle avait adopté à la suite du meurtre de George Floyd par un policier de Minneapolis en 2020.
Les ennuis judiciaires ne s’arrêtent pas là pour Target. Le 20 février, l’État de Floride et la fondation America First Legal ont déposé une plainte contre le groupe devant le tribunal fédéral de Fort Myers (Floride) pour avoir dissimulé les risques liés à la diversité et aux initiatives sociales qui ont culminé avec sa campagne sur le mois des fiertés de 2023 et conduit à une réaction négative des clients. Ce faisant, Target aurait violé les articles 10(b) et 14(a) du Securities Exchange Act de 1934.
L’État de Floride reproche également à Target d’avoir trahi ses actionnaires et sa clientèle, constituée principalement de familles de travailleurs, en faisant de fausses déclarations dans ses documents financiers à propos de ses initiatives en matière de DEI et d’ESG. Il accuse aussi son directeur général, Brian Cornell, d’avoir minimisé l’ampleur des boycotts, aggravant ainsi la baisse du cours de l’action du groupe. Dans son communiqué, le bureau du procureur général de Floride, James Uthmeier, précise que « les entreprises qui promeuvent une idéologie de gauche radicale au détriment des rendements financiers mettent en péril la sécurité de la retraite des first responders [pompiers, policiers, etc., NDLR] et des enseignants de Floride ».